Bébé reborn

Psychiatrie de l’enfant psychiatriinfirmiere.free.fr/Pages/Pages_Fisp/psychiatrie enfant therapie.htm Table des matières 1 Introduction à la thérapie de l’enfant 2 2 Historique 2 3 Jean Piaget (1896-1980) 2 3.1 Théorie de l’intelligence 3 3.2 Les 4 stades de l’intelligence 4 4 Henri Wallon (1879-1962) 5 4.1 Théorie du développement 6 4.2 Les 7 stades 6 4.3 Points importants 7 5 Anna Freud (1895-1982) 7 5.1 Développement 8 5.2 Socialisation 8 5.3 Psychanalyse de l’Enfant 9 6 René Spitz (1887-1974) 9 6.1 Méthode 10 6.2 Élaboration théorique 10 6.3 Organisation du Moi 10 6.4 Notion de l’angoisse 11 6.5 Visée de ses travaux 11 6.6 Notions de pathologie 11 7 Mélanie Klein (1882-1964) 12 7.1 Sources 13 7.2 Méthode 13 7.3 Concepts 13 7.4 Développement 15 7.5 Le soin 16 7.6 L’œdipe précoce (vers 1 ou 2 ans) 16 7.7 Aspects cliniques et points de controverse avec Anna Freud 17 8 Autres auteurs 18 8.1 Donald Winnicott (1896-1971) 18 8.2 Bruno Bettelheim (1908-?) 18 8.3 Mannoni (1920-?) 18 8.4 Deligny 18 1 Introduction à la thérapie de l’enfant En psychiatrie, on cherche à donner un sens à la maladie. La pathologie est dynamique, évolutive et singulière. C’est la manière d’être d’une personne, son discours. On y retrouve les éléments de conflit, d’énergie, de pulsion, de fantasme. Ces éléments existent pour la personne, et n’ont pas forcément valeur de réalité. Il est important de chercher le sens, plutôt que la cause. En pathologie de l’enfant, les mêmes signes, les mêmes symptômes ne revêtiront pas le même sens. Il faut considérer l’étape du développement de l’enfant et se rappeler qu’il est toujours en période critique. De même, l’Enfant traverse les pulsions partielles qui ne seront pathologiques que dans la mesure où elles se seront cristallisées. Notons aussi la fragilité des identifications de l’Enfant. Il faut donc toujours être très prudent quant aux conclusions qu’on donne, et relativiser tout diagnostique concernant les enfants. 2 Historique C’est avec l’ère industrielle et la disparition du milieu familial traditionnel qu’est apparue la séparation de l’Enfant et de l’Adulte. Des lieux spécialisés ont été créés (écoles, crèches... ) et des recherches lui ont été consacrées. A partir de là est apparue la séparation entre l’enfant normal et l’enfant déviant (assistance et sauvegarde de l’enfant, intérêt envers les sourds, les muets, école obligatoire en 1880 avec les premières recherches psychométriques, début de la pédiatrie, puis naissance de la psychanalyse qui met en lumière l’importance des processus infantiles.) Notons aussi qu’il y a une dépendance énorme de l’enfant vis à vis du milieu. Dans les grands courants pédopsychiatriques, on distingue: La psychologie génétique, l’approche psychanalytique, l’approche psychométrique et la biologie (pédiatrie...). Mais réellement, pour rester dans le cadre de la psychiatrie, seuls les deux premiers courants seront abordés ici, à savoir la psychologie génétique et le courant psychanalytique. – psychologie génétique : ce courant est surtout représenté par Jean Piaget et Henri Wallon. Tous deux ont proposé leurs propres théories du développement, non alignées sur la psychanalyse et centrées sur les opérations cognitives (pensée et intelligence) ; – courant psychanalytique : Les pionniers ont été Anna Freud, René Spitz et Mélanie Klein. Le courant a ensuite été représenté par Donald Winnicott, Bruno Bettelheim, Mannoni, Mahler ... Mais ce courant n’est pas homogène. 3 Jean Piaget (1896-1980) Son œuvre est centrée sur le développement cognitif : théorie opératoire de l’intelligence ; et sur l’épistémologie génétique : théorie générale de la genèse des connaissances, applicable au monde du vivant. 2 Sa méthode: Il étudie comment se développe et évolue le monde du réel, avec l’acquisition du mot, du chiffre, du symbole par observation directe de ses propres enfants (méthode passive) et expérimentation avec des objets précis et des dialogues avec l’enfant (méthode active). Il vérifie ses données en généralisant sur un grand nombre d’enfants. Biologiste à 11 ans, zoologue, philosophe, physicien et enfin psychologue. La psychologie est pour lui un détour obligé, pour mener à bien son projet : "édifier une théorie scientifique de la connaissance, basée sur la vérification de faits établis expérimentalement". Piaget pose plusieurs questionnements : – Quelle différence existe-t-il entre la pensée de l’enfant et celle de l’adulte ? – Quelle est la vision du monde de l’enfant, et son explication des phénomènes? – Quelles filiations conduisent d’une structure de pensée à une autre ? Il y a, dans son œuvre, une période clinique où il interroge des enfants, puis une période d’observations sur ses trois enfants au premier âge, il fait des hypothèses qui seront vérifiées sur un échantillonnage plus important; et enfin une période où il traite de la théorie opératoire de l’intelligence et de l’épistémologie génétique (psychologie de la genèse et du devenir de l’intelligence) . 3.1 Théorie de l’intelligence Adaptation : Pour Piaget, l’intelligence n’est pas une faculté mentale parmi d’autres, mais une modalité d’une fonction plus générale : "L’adaptation". Il la définit comme l’état d’équilibre maximum entre un organisme vivant et le milieu. Cette adaptation s’acquiert selon différentes formes ou structures. Ainsi, l’adaptation mentale est un prolongement de l’adaptation biologique. Intégration : Les opérations cognitives sont différentes selon les paliers de développement mais ne sont pas de simples performances qui s’ajouteraient les unes aux autres : réalisation d’un système intégratif, chaque opération étant complètement liée à une autre. Chaque structure nouvelle qui apparaît intègre la ou les précédentes comme sous structures. Piaget distingue 4 stades de l’intelligence : 1. de l’intelligence sensori-motrice; 2. de l’intelligence pré-opératoire; 3. des opérations concrètes; 4. des opérations formelles. Mais il y a pour lui une continuité fonctionnelle dans le développement de l’intelligence. Il y a progrès intellectuel grâce à deux mécanismes opposés et complémentaires : – Assimilation : C’est l’incorporation des expériences nouvelles dans des structures exis- tantes. C’est l’intégration, de ce qui est extérieur, aux structures propres du sujet; – Accommodation : C’est la modification des schèmes (structures) existants, provoquée par les expériences nouvelles. 3 De fait on peut dire que l’adaptation à l’environnement représente l’équilibre entre assimilation et accommodation, la régulation entre sujet et milieu, que ce soit d’ordre biologique, affectif, mental ou social. L’affectivité n’a, pour Piaget, aucun rôle déterminant dans le devenir de l’intelligence, mais à chaque stade cognitif correspondent de nouvelles organisations des conduites affectives. On peut dire que l’intelligence éclaire l’affectivité, cette dernière en étant un mode d’adaptation. L’objet est un élément du réel qui a des propriétés de permanence : C’est un invariant (L’objet est identique à lui-même malgré des manifestations différentes. Il conserve certaines qualités comme le poids, le volume, la substance... ). L’enfant acquiert ces invariants par des actions, des opérations sur les objets (classification, mise en relation, comparaison, fonction... ) lui permettant par là-même d’acquérir les notions d’espace, de temps, de mouvement, de vitesse, de causalité... L’objet se construit par la perception, la manipulation et la réflexion. 3.2 Les 4 stades de l’intelligence L’intelligence sensori-motrice: Elle s’épanouit de 0 à 2 ans. Avant le langage, l’intelligence du bébé est basée sur l’action du corps sur le milieu, faite de réussites et d’erreurs. C’est un stade expérimental, tâtonnant et non conceptuel, divisé en 6 sous stades : 0 à 1 mois : utilisation des montages réflexes. Le bébé utilise les réflexes biologiques et l’expérience entraîne une consolidation et un début d’assimilation. Ainsi entre deux tétées, le bébé va sucer son pouce, un coin de drap... Le schème de la succion s’élargit. Mais il y a cependant re-cognition du schème de la succion, car il en reconnaît l’objet original. C’est le mois de l’adaptation réflexe au milieu; 1 à 4 mois : premières habitudes. L’enfant déborde des conduites héréditaires. Ce sont les premières adaptations acquises et l’apparition des premiers comportements moteurs (Fixation du regard, poursuite oculaire... ) ; 4 à 8 mois : adaptation intentionnelle. L’enfant découvre la résistance et la permanence de certains objets. Il y a intentionnalité dans le comportement; 8 à 12 mois : Coordination des schèmes secondaires. L’enfant agit sur le milieu en coordonnant vue, toucher, ouie... Il est capable de rechercher un objet, lui reconnaît sa permanence; 12 à 18 mois : meilleure appropriation du corps. L’enfant est capable d’adapter les moyens aux fins. Sa conduite paraîtra de plus en plus imprévisible, personnalisée. Il est capable de manipuler des situations, d’utiliser un objet pour en attraper un autre... Il n’est plus agit par le milieu, mais au contraire transforme celui-ci; 18 à 24 mois : combinaisons mentales. L’enfant passe du tâtonnement empirique à la combinaison mentale, de la découverte à l’invention, du schème moteur au schème représentatif. Le schème est devenu opératoire. L’enfant est capable de généraliser, de se représenter. L’intelligence pré-opératoire : Concerne la période de 2 à 7 ans. C’est l’époque de la pensée symbolique où se développent l’imitation, la représentation, la réalisation d’actes fictifs. Un objet peut devenir le substitut, le représentant d’un autre objet (artefact). Ainsi, lors d’un jeu, une pierre deviendra un oreiller, ou une table... Les jeux symboliques seront des moyens d’adaptation intellectuelle et affective. L’enfant transforme, invente. Il y a acquisition du langage, 4 dominé par l’ égocentrisme intellectuel. L’enfant ne peut se détacher de son point de vue. La pensée n’est pas réversible mais intuitive, magique, sans avant ni après. Le stade des opérations concrètes : L’enfant a alors de 7 à 11 ans. Il est capable de se décentrer dans les domaines cognitif et moral. Sa pensée se socialise. Il prend en compte l’avis des autres. C’est le début de la causalité. L’enfant peut classer, grouper. Il conçoit les modifications et la réversibilité. Il est perméable au raisonnement, s’inscrit dans une temporalité, raisonne de manière concrète en empruntant à sa propre expérience. Le stade des opérations formelles : C’est la période qui va de 11 ans à l’âge adulte. L’adolescent est adulte biologiquement et intellectuellement, mais reste un enfant affectivement. C’est le stade des opérations logiques, abstraites, du raisonnement par hypothèses et déductions. La combinaison des idées remplace le raisonnement de proche en proche, utilisé au stade précédent. Ces opérations sont liées à un langage plus mobile et amènent à la construction de systèmes et non à la recherche de solutions immédiates. L’individu élabore ici une représentation d’une représentation. Pour Piaget, l’affectivité, ressort de nos actions, ne peut pas s’exprimer si elle n’a pas les moyens fournis par l’intelligence elle même, qui éclaire ses buts. 4 Henri Wallon (1879-1962) Son œuvre est centrée sur les processus de développement de l’enfant résultant d’une articulation entre le biologique et le social, et sur les problèmes de conscience, dans le sens psychologique du terme. Sa méthode : Observation directe, clinique d’enfants sains et d’enfants troublés (enfants traumatisés par la guerre de 14-18, débiles... ). Il utilise 2 méthodes : –— longitudinale avec l’étude d’un ou plusieurs enfants à des âges différents; – transversale, étude de groupes d’enfants du même âge et au même moment. Wallon, influencé par le marxisme, cherche ses applications en repérant les contradictions internes de chaque théorie, ou d’une théorie par rapport à l’autre, ainsi que les vérités propres au moyen d’une méthode comparative, ou dialectique. Agrégé de philosophie, docteur en médecine, professeur au collège de France et à l’école pratique des hautes études, Wallon s’inscrit au socialisme en 1914. Jusqu’en 1960, son œuvre est centrée sur la psychopathologie, la pédagogie et la psychologie appliquée. Après la guerre, il se centrera sur la psychologie de l’enfant perturbé et la psycho-motricité. La notion de matérialisme dialectique (Marx) va lui fournir un cadre d’interprétation des relations entre le psychologique, le biologique et le social, et aussi lui donner une grande méfiance vis à vis de la psychanalyse, "idéologie bourgeoise". 5 4.1 Théorie du développement Deux facteurs interviennent dans le développement : – biologique : responsable de la maturation du système nerveux central; – social, qui gère l’interaction entre l’enfant et le milieu. Le développement s’effectue de manière discontinue. On passe d’un stade à l’autre par une série de crises, comme par exemple le sevrage, l’opposition du stade anal, l’œdipe, l’adolescence... L’enfant vit des contradictions qu’il doit dépasser par une crise, et effectuer un remaniement. La crise a un effet bénéfique. On ne peut donner de repère d’âge très strict. Il y a nouveau stade quand un nouvel ensemble de conduites est devenu dominant, et non pas quand il apparaît. Wallon veut rendre compte du développement de l’enfant dans sa totalité. Il n’isole pas l’aspect cognitif de l’aspect affectif. 4.2 Les 7 stades Le stade impulsif pur : (entre 0 et 3 à 6 mois). Il est constitué de décharges motrices souvent inefficientes, et plus ou moins adaptées à l’objet. Agitation diffuse de l’émotion. C’est la forme la plus dégradée de l’activité. Il n’y a pas de contrôle des centres corticaux. Au premier mois, l’enfant aura des crises convulsives. Celles-ci deviendront pathologiques si l’évolution ne les fait pas disparaître. Le stade émotionnel : (entre 3 et 9 mois). Les gestes deviennent utiles, expriment les besoins. C’est le stade de la symbiose affective. L’expression de l’émotion émerge (Joie, tristesse). L’émotion devient organisatrice du comportement de l’enfant. C’est à ce stade que l’enfant se reconnaît dans le miroir. Le stade sensorimoteur : (entre 9 et 12 mois). Il y a une meilleure association entre mouvements et perceptions, et une conscience plus précise des objets. C’est la naissance de la capacité symbolique, de la représentation de l’objet. Le stade projectif : (entre 1 et 2 ans). Il y a passage de l’action à la pensée. Le mouvement accompagne les représentations mentales. La pensée est projetée à l’extérieur par le geste. L’enfant mime sa pensée, et elle est stimulée par l’action. Il y a nécessité pour l’enfant de se projeter dans les choses pour se saisir lui-même. Intégration des pôles complémentaires mentaux ou comportementaux (par exemple, envie de s’auto-admirer et de se faire admirer). Le stade du personnalisme : (entre 2 et 5 ans). L’enfant arrive à reconnaître sa personnalité, image de lui-même. Il y a une conscience de soi par une phase d’opposition, et par une intégration dans le groupe familial, de même que par le jeu (opposition vers 3 ans, intégration vers 4 ans). Dans le jeu, l’enfant peut aborder 2 rôles différents, où il est actif puis passif (jeu d’alternance réciproque). Il vit les choses de manière dialectique. Le stade de la personnalité polyvalente : (entre 5/6 ans et 11 ans). C’est un stade de différenciation. L’enfant participe à la vie de plusieurs groupes (famille, école, jeu... ). Il a désor- 6 mais la capacité de prendre des rôles différents, d’influencer le groupe, avec des comportements de coopération, de solidarité... Ce sont les échanges sociaux qui permettent le dépassement de la rivalité et du dénigrement; L’adolescence (à partir de 12 ans). C’est une crise très aiguë, grâce à laquelle l’enfant découvre les valeurs sociales, morales, culturelles... qui deviendront ses propres valeurs. Ainsi, selon Wallon, la maladie mentale est-elle une crise non dépassée, permanente. L’individu n’a pas réussi à franchir cette remise en cause, n’a pas su se stabiliser, trouver un compromis. Le médicament ne fait qu’endormir un état manifeste, mais ne fait pas en soi évoluer le sujet. 4.3 Points importants 1. Le rôle de l’autre est important dans la prise de conscience de soi. L’homme est avant tout un être social; 2. Il y a accession à l’intelligence discursive dans les rapports émotionnels avec autrui. IL y a d’abord une sorte de connaissance marquée par le caractère syncrétique de la pensée (pas de distinction entre objectivité et subjectivité, Moi et Autre... ). Se mettront en place par la suite des structures élémentaires comme les couples "petit/donc pas grand", "méchant/donc pas gentil"... Ce sont des couples complémentaires et opposés. Vers 5 ou 6 ans il y a un déplacement de cette notion de couple. L’enfant sépare le dualisme des termes du couple; 3. Le corps est important, ainsi que sa représentation. Wallon introduit le stade du miroir, repris plus tard par Lacan (L’enfant croit être l’image qu’il voit... Il est d’abord un objet extérieur) ; 4. De même le mouvement a un rôle important. C’est l’expression des relations entre le sujet et le milieu. On participe physiquement au milieu, avec un dialogue moteur (psychomotricité) ; 5. L’émotion est identifiée à l’activité motrice chez le bébé. Il y a donc un fondement biologique à l’émotion. Par la suite, l’émotion se différenciera d’avec l’activité. Chez le bébé de 9 mois, le rire est un spasme. L’émotion, le rire et la manifestation corporelle sont la même chose. 5 Anna Freud (1895-1982) Son œuvre est centrée sur l’application aux enfants de la psychanalyse avec comme référence la théorie paternelle. Elle s’est attachée à appliquer la psychanalyse de manière pédagogique. Sa méthode est la cure analytique. Anna Freud est la dernière fille des 5 enfants de Sigmund Freud. Elle commence à travailler après la guerre de 14-18 à Vienne où elle participe au mouvement pédagogique et social avec la création de dispensaires, de crèches, la formation d’éducateurs.. . En 1925 elle entre au comité de coordination et publie 2 ans plus tard "l’introduction à la psychologie des enfants". Ce sera le point de départ de la controverse avec Mélanie Klein. 7 Elle émigre à Londres en 1938 où elle fonde une clinique de thérapie d’enfants : La clinique d’Hampstead. Elle reprend, au niveau de son œuvre, les concepts fondamentaux de son père mais en approfondira certains points qu’elle adaptera à l’enfant et à l’adolescent. Anna Freud s’attaque aux problèmes que connaît l’enfant, mais sans appliquer directement l’attitude classique de la psychanalyse, non prévue pour eux. Elle adaptera donc la méthode de son père. Mélanie Klein, de son côté, en invente une différente. 5.1 Développement Mélanie Klein classe les troubles chez l’enfant en prenant pour point de départ le déroulement normal du processus de développement. Cette normalité est toujours ré-ajustable car elle ne prend de valeur que face à l’anormalité. Elle définit les concepts de normalité et d’anormalité, étudie les modes de régression, fait la distinction entre les troubles pathologiques transitoires et les troubles permanents car tout ce que l’enfant "normal" vit est pathologique, mais de manière transitoire. A partir de ces études, elle définit une ligne de développement et des profils de diagnostic. La conclusion de ce travail est que tout processus de développement contient en lui-même un potentiel de distorsion. 5.2 Socialisation Au début, il y a une unité biologique dans le couple Mère/Enfant. Le narcissisme de la Mère s’étend à l’Enfant et celui-ci inclut la Mère dans son propre narcissisme. Le principe de plaisir va représenter ce qui est asocial, inadapté, irresponsable alors que le principe de réalité sera essentiel à l’adaptation sociale, c’est à dire au développement d’attitudes conformes aux lois du clan. Le passage de l’enfant du principe de plaisir au principe de réalité implique une tolérance croissante à la frustration des désirs, et une réduction de la quantité de satisfaction des désirs. Le développement de la fonction du Moi est la condition préalable à toute socialisation. Les mécanismes qui favorisent la socialisation sont l’imitation, l’identification et l’introjection. L’imitation : C’est le plus précoce et le plus primitif des mécanismes. Le nourrisson, en imitant les adultes, adopte le rôle des personnes admirées, puissantes qui contrôlent la satisfaction de ses besoins et de ses pulsions selon des règles mystérieuses et étrangères à l’Enfant. C’est en imitant les grandes personnes qu’il accédera aux règles sociales. L’identification : C’est un mécanisme plus complexe et global. Il repose sur le désir qu’a l’Enfant de s’approprier les aspects désirables de l’adulte en changeant l’image qu’il se fait de lui-même par rapport à l’image qu’il se fait de l’Autre. Il est question ici des qualités psychiques qui sont prêtées à l’Autre. L’introjection : Ce mécanisme concerne surtout l’autorité parentale externe, et forme le Surmoi. Ces trois mécanismes sont en fait 3 parties d’un tout. Ils ne sont pas homogènes et Anna Freud mettra l’accent sur l’environnement, plus important en pathologie de l’Enfant qu’en pathologie de l’Adulte. Ainsi, la plupart des conflits de l’Enfant sont des conflits d’adaptation. 8 5.3 Psychanalyse de l’Enfant Anna Freud apporte 5 aménagements essentiels à la pratique psychanalytique : 1. Introduction d’une phase préparatoire avec deux buts, motiver l’Enfant à entamer une relation thérapeutique, et établir un historique, une anamnèse selon des renseignements pris dans la famille (alors que dans l’analyse pour Adulte n’est utilisé que le matériel subjectif fourni par le patient). Pour que l’Enfant soit motivé, il va falloir faire apparaître le thérapeute comme quelqu’un qui s’intéresse à lui, qui dispose d’un certain pouvoir, et qui peut être utile à l’Enfant. Ce dernier s’apercevra que ses Parents prennent en considération les conseils du thérapeute, et l’écoutent. De plus, le thérapeute est dégagé affectivement ; 2. Interprétation dès la première entrevue des défenses névrotiques dans l’attitude de l’Enfant à l’égard du thérapeute, ce qui permet de situer d’emblée l’Enfant dans un espace analytique; 3. Interprétation des rêves, des rêveries diurnes, des dessins; 4. Maniement différent du transfert puisque l’Enfant vit dans le présent, le pathologique. Car si chez l’Adulte le transfert repose sur l’éveil des affects qui ont déjà été éprouvés à l’âge d’Enfant, chez l’Enfant le transfert ne recherchera pas à reproduire une situation vécue mais à obtenir de l’analyste ce dont il est privé dans la réalité, dans le maintenant. D’où le rôle éducatif de l’analyste qui ne pourra être neutre. Il servira de Surmoi externe à l’Enfant, connotera certaines choses d’une valeur morale. En tolérant la liberté d’expression à l’Enfant, le thérapeute représente aussi une partie de son ça. Enfin, il lui sert de Moi auxiliaire, contrôlant et maîtrisant les désirs et les interdits. Dans une telle perspective, un véritable transfert est impossible. Il vaut mieux élucider les mécanismes de défense utilisés par l’Enfant pour se protéger de l’angoisse, et lever angoisse et culpabilité; 5. Visée pédagogique. Pour Anna Freud, l’analyste doit assumer un rôle éducatif justifié par le fait que le Surmoi enfantin est de formation tardive et que l’analyste a pour but l’adaptation psycho-sociale. Le but de l’analyse est donc ici purement éducatif. 6 René Spitz (1887-1974) Son œuvre est centrée sur les relations objectales et leur genèse (Comment se constitue l’Objet et le Moi), ainsi que sur la pathologie de ces relations objectales (séquelles des carences affectives). Sa référence est Sigmund Freud. Sa méthode : l’observation directe du nouveau-né en situation, avec et sans sa Mère. Utilisation du film. Constitution de baby-tests et méthodes longitudinale et transversale. Portant sur plusieurs centaines d’enfants de races blanche, noire et indienne, et venant de différents milieux socio-économiques, cette méthode infirmera ou confirmera ses hypothèses fondées sur les états précoces. Auteur en médecine, né à Vienne en 1887 et analysé par Sigmund Freud en 1910, il a beaucoup travaillé avec Anna Freud. Émigre aux États-Unis, il est mort à Denver dans le Colorado en 1974. 9 A fait des études psychosomatiques sur des nourrissons, sur une réorganisation des crèches et des hôpitaux et est à l’origine de l’hospitalisation conjointe Mère/Enfant. Il refuse la thèse du traumatisme de la naissance, et s’inscrit donc en opposition à Otto Rank. Il réfute aussi la thèse de la relation objectale précoce (opposition à Mélanie Klein, cette fois) et décrit le psychisme du nourrisson de manière très simple. Il se réfère constamment au concept Freudien de base. Il étudiera enfin l’organisation du Moi de l’Enfant, la genèse des relations objectales et celle de l’angoisse. 6.1 Méthode En elle-même originale, elle utilisera la psychologie Américaine du comportement ("Béhaviorisme") avec l’observation directe, l’utilisation de documents cinématographiques, la modification en temps réel des conditions de l’expérimentation, l’utilisation des statistiques et enfin le travail psychanalytique. La psychanalyse servira alors à reconstruire les données de l’observation directe. 6.2 Élaboration théorique Il décrit une genèse de la relation objectale en faisant appel à un concept emprunté à l’embryologie, "l’organisateur". L’organisateur est le point vers lequel les lignes du développement convergent pour conclure un stade, une période. Il y aura ainsi 3 organisateurs, concluant 3 stades : 1. la réponse par le sourire au visage humain de face et en mouvement. C’est la conclusion du stade anobjectal (sans objet). Avec le sourire s’élabore la primauté de la perception externe (3 mois) ; 2. l’angoisse du 8ème mois. C’est la conclusion du stade pré-objectal, avec reconnaissance de Soi et de l’Autre. L’Objet est constitué et identifié, ainsi que le Moi; 3. surgissement du "Non", geste et mot associés. C’est l’accession à la communication sémantique qui conclut le stade objectal. La relation à l’Objet ne changera plus. Toutes ces manifestations sont repérables corporellement, et correspondent à un moment particulier du développement du système nerveux. Il y a à ce point convergence entre le biologique et le psychique. 6.3 Organisation du Moi Le nourrisson ne possède pas de Moi car il ne peut pas manipuler tous les stimuli qu’il reçoit. Il en est protégé par un seuil perceptif très élevé. Les noyaux du Moi vont se constituer autour du comportement du nourrissage. A 3 mois, ces noyaux constituent un Moi rudimentaire. La Mère joue le rôle d’un Moi extérieur et l’Enfant s’en détache vers 9 mois. Le Moi devient vraiment autonome à 15 mois. La façon dont se structure le Moi dépend des expériences et de la manière dont il maîtrise ces dernières par son Moi corporel. 10 6.4 Notion de l’angoisse Son apparition se fait en 3 étapes : 1. la tension. C’est le prototype physiologique de l’angoisse; 2. les réactions d’ évitement et de fuite. Elles se produiront face à certaines situations déplaisantes, avec par exemple le détournement du regard; 3. l’angoisse du 8ème mois. C’est la manifestation physique d’un conflit psychique entre le ça et le Moi, entre le désir et la réalité. L’angoisse naît de l’imminence de la perte de l’Objet. 6.5 Visée de ses travaux Ses travaux n’auront pas un but uniquement thérapeutique, mais aussi préventif. Ses observations cliniques doivent fournir des indications pour les Parents, les pédagogues, les éducateurs... Il passera son temps à attirer l’attention de l’éducation nationale, des pédiatres, des instituteurs sur les besoins affectifs du jeune Enfant. 6.6 Notions de pathologie L’hospitalisme : C’est l’ensemble des perturbations somatiques et psychiques graves consécutives à une carence affective totale et de longue durée. C’est le cas des Enfants qui, hospitalisés, sont séparés de leur Mère. Spitz a observé 170 enfants dont 34 privés totalement de soutien maternel ou substitutif. Les plus vulnérables sont les nourrissons entre 6 et 12 mois, dont l’évolution suivra le tableau suivant : 1. le premier mois de séparation, l’Enfant va se mettre à pleurer sans raison, sera triste, s’accrochant à tout Adulte de l’entourage, recherchant le contact; 2. au deuxième mois, il y a arrêt de développement, perte de poids, et tristesse. L’Enfant cherche le contact mais sans véhémence; 3. au troisième mois, il y a un refus du contact. L’Enfant reste couché à plat ventre sur le lit, a des insomnies, refuse la nourriture, attrape facilement des maladies, et demeure anxieux et indifférent. Le retard psychomoteur se généralise. Après trois mois, le visage se fige, le regard est absent. Il n’y a plus de pleurs ni de sourires, plus de crise. On observera quelques gémissements plaintifs, des mouvements bizarres des doigts, des stéréotypies, et une mauvaise coordination oculaire. Le développement mental et physique est entravé mais la guérison sera rapide si l’Enfant retrouve sa Mère ou un substitut avant la fin du quatrième, voire du cinquième mois. On note qu’après 3 mois de séparation, le tableau que présente l’Enfant est proche de la dépression anaclitique. L’hospitalisme correspond à des désordres psychosomatiques par déficience des relations Mère/Enfant au niveau quantitatif. Quand la privation affective est partielle, la maladie est la dépression anaclitique. Quand la privation affective est complète, on a affaire au "marasme". La pathologie psychosomatique : C’est l’étude des désordres psychosomatiques et psychotoxiques. Cela traite de la qualité des interactions Mère/Enfant. En général, l’agressivité de 11 la Mère sera annulée dès l’apparition des symptômes psychosomatiques chez son Enfant. L’agressivité sera déplacée sur le médecin, ou sur l’équipe soignante. Tas. 1 – Tableau comparatif de l’évolution de la pathologie psychosomatique De l’attitude Maternelle... à la réaction de l’Enfant Rejet primaire manifeste Comas du nouveau-né Indulgence excessive et anxieuse Coliques du Sème mois Hostilité déguisée en anxiété Eczéma infantile Oscillation entre hostilité et cajolerie Hyper mobilité, balancements Sautes d’humeur cycliques Jeux fécaux Hostilité consciemment compensée Hyperthymie agressive (humeur massacrante) Ce sont des éléments de repère qui peuvent se combiner entre eux ou se combiner avec d’autres symptômes, comme l’asthme, les vomissements, la douleur etc... D’une manière générale, le patient psychosomatique (Enfant comme Adulte) cherchera à prouver à l’entourage qu’il est en position d’échec. L’entourage ne pourra alors pas exprimer son agressivité à l’encontre d’une "victime", et la retournera contre soi ou contre un tiers. 7 Mélanie Klein (1882-1964) Son œuvre est centrée sur le monde fantasmatique de l’Enfant (son imaginaire), sur la valeur structurante de l’image maternelle, et enfin sur la pathologie précoce de l’Enfant. Elle utilise comme méthode la psychanalyse de l’Enfant avec une technique inédite, le jeu. Par ce moyen, Klein reconstitue le passé de l’Enfant. Elle remanie complètement la théorie Freudienne. Née à Vienne en 1882, morte à Londres en 1960. C’est la dernière d’une famille de 4 enfants, tous très attachés à la culture juive. Son père est médecin quand, à 45 ans, il divorce et épouse la future mère de Mélanie. La sœur de cette dernière meurt à 8 ans, alors que Mélanie a 4 ans et 1/2. Son frère aîné meurt quand elle a 20 ans. Elle se marie l’année d’après avec le meilleur ami de son frère : Arthur Klein. Elle a fait partie d’une famille très modeste. Sa mère meurt quand Mélanie a 32 ans. Elle s’est ainsi trouvée tout au long de sa vie dans une problématique de deuil. Elle a eu une enfance très séparée de ses frères, qui la laissaient de côté. Elle même aura trois enfants : Mélita, Hans, et Eric. Elle lira son premier livre de psychiatrie à 32 ans : Ce sera "l’interprétation des rêves" de Freud. Elle décide alors de faire une psychanalyse avec Ferenczi pour lutter contre la dépression. Ferenczi lui demande d’écrire quelque chose, et elle publie alors un petit article : "Remarques sur le développement d’un petit enfant". Elle divorce, entame une deuxième tranche d’analyse avec Karl Abraham, puis travaille avec lui. A la mort de celui-ci, elle est sollicitée à Londres par Ernest Jones. Au fur et à mesure de son travail de cure, elle remaniera la psychologie Freudienne. Et c’est par la pratique qu’elle mettra en place son propre système théorique. Par la suite, la société psychiatrique Britannique se séparera en 3 groupes : 12 Le groupe des Freudiens, le groupe des Kleiniens et les indépendants. 7.1 Sources Elle partira de l’apport Freudien avec la théorie duelle des pulsions qu’elle remaniera complètement et qu’elle finira par re-élaborer. Elle va se centrer sur le développement affectif précoce (la première année du bébé) et en distinguera l’oralité comme étant le moteur de son développement. Elle notera 2 phases : –— la position schizo-paranoïde ; – la position dépressive. Le fonctionnement de l’Enfant est considéré comme normalement psychotique et la relation d’Objet s’établit selon la formule Freudienne : "L’Objet naît dans la haine". 7.2 Méthode Elle pratique les cures psychanalytiques d’Enfants (à partir de 3 ans) et d’Adultes. Elle n’aura affaire aux bébés que de manière occasionnelle. L’Enfant sera amené 5 fois par semaine pour des séances de 55 minutes dans une pièce où il y a un lit, un lavabo, des murs lavables, des crayons, des jouets mis dans des boîtes individuelles et gardées pour chaque Enfant. 7.3 Concepts Les fantasmes : C’est l’expression mentale des pulsions sous forme d’images ou de sensations. Chaque incitation pulsionnelle contient le fantasme qui lui correspond. C’est un lien actif entre la pulsion et les processus psychiques. Le fantasme est une fonction du Moi qui est capable dès la naissance d’établir des relations objectales dans l’imaginaire et la réalité. Son rôle essentiel est d’être une défense contre l’angoisse tout en étant un contenu de l’angoisse. Le fantasme est inconscient et concerne d’abord le corps, de manière archaïque et brutale dans la première année de la vie. Les premiers fantasmes sont vécus comme des sensations, et plus tard deviendront des représentations dramatiques. Grâce à l’échange avec l’extérieur, ils deviennent susceptibles d’expression mais leur existence ne dépend pas de cette expérience. Les effets du fantasme sont à la fois psychiques et corporels : L’effet psychique se verra dans la sublimation, l’identification, la projection... tandis que l’effet corporel se traduira dans les symptômes de conversion. L’adaptation à la réalité exige le soutien de fantasmes. Il y a un apport du fantasme dans tout apprentissage. Tout le monde a besoin de fantasmes pour communiquer, pour apprendre, pour vivre, et ils exercent une influence déterminante tout au long de la vie. La différence entre l’utilisation du fantasme de manière normale et son utilisation de manière pathologique réside dans le caractère spécifique des fantasmes dominants, dans le désir ou dans l’angoisse qui leur est associé et dans leur interaction avec la réalité extérieure. Notons aussi que certaines personnes ne peuvent vivre que grâce à ça. Les mécanismes de défense du Moi : Très nombreux et variés, ils rendent compte de l’évolution normale de l’Enfant. Ce sont les mécanismes dont dispose le Moi, exposé dès la 13 naissance à l’angoisse provoquée par la dualité pulsionnelle. Ces mécanismes sont : L’introjection, la projection, le clivage, le déni, l’idéalisation, la réparation, et l’identification projective ou introjective. Ce sont des mécanismes psychotiques. L’identification projective permet au sujet d’introduire sa personne en totalité ou partiellement à l’intérieur d’un Objet pour le posséder, le contrôler, lui nuire. Fantasme d’introduction dans le corps de l’Autre. C’est un mécanisme consécutif à l’envie de ce que peut posséder l’Autre. L’identification introjective tient du fantasme que l’Autre peut s’introduire en nous pour y prendre ce qui est bon. Fantasme d’intrusion par lequel l’Objet s’introduit dans notre corps ou notre esprit pour nous dérober nos qualités, nous posséder. A cela est liée l’angoisse d’intrusion. Notons que dans l’identification projective il y a l’angoisse d’être prisonnier dans le corps de l’Autre. Il y a aussi l’angoisse de la perte de sa propre personnalité. Au fur et à mesure des expériences d’identification projective on récupère de la maturité. Qui est qui? C’est la question que se posent les psychotiques. L’identification projective est le mécanisme du fondement du développement de la pensée, de l’acquisition intellectuelle par excellence. La notion de position : Une position est un mode d’être, une façon d’être qui n’est pas chronologiquement déterminée, contrairement aux stades. Les positions apparaissent très précocement dans le vécu de l’Enfant, et ré-apparaissent tout au long de la vie (Enfance, adolescence, vie adulte). Mélanie Klein distingue 2 positions fondamentales : La position schizo-paranoïde (ou persécutive), et la position dépressive. Ainsi chez l’Enfant, au stade anal par exemple, on aura un positionnement schizo-paranoïde dans le refus, le "non", le non-respect des interdits... On notera par contre une position dépressive quand, pour l’amour de sa Mère, il renoncera au plaisir du "non". Pour l’Adolescent, la position persécutive se révèle quand il subit les interdits parentaux, scolaires, sociaux et les transgresse, au moment de l’affirmation du Moi. Et la position dépressive se voit quand il fait le deuil des imagos parentaux. Enfin chez l’Adulte, nous aurons une position schizo-paranoïde (ou persécutive) quand celui-ci se sent exclu, repoussé, vers 40 ans. La position dépressive apparaîtra quand il s’apercevra qu’il lui faut renoncer à une phase de jeunesse, alors qu’il est confronté à la mort de la génération précédente, de ceux qui lui ont servi d’identification. Les positions sont des modalités existentielles. Leur forme est la même toute la vie mais le contenu diffère (oral, anal... ). Caractéristiques des positions : Elles regroupent des types d’angoisse et de défense spécifiques. Nous ne ressentons pas le même type d’angoisse, de défense, de relation dans la position schizo-paranoïde et dans la position dépressive. Particularité : Dans la mélancolie, le comportement est schizo-paranoïde ; on l’appelle dépressif car il est dirigé contre le malade lui-même, qui est persécutable et se persécute. La notion de Surmoi précoce: Le Surmoi n’est pas quelque chose d’œdipien pour Mélanie Klein, ou du moins pas uniquement. Il se forme durant le stade oral par l’introjection à la fois de la Mère nourricière (le sein) et du clivage en bon et mauvais Objet. C’est un Objet dangereux, persécuteur et extérieur dont le bébé doit se protéger. Le Surmoi archaïque, résultant de la pulsion de mort, est un persécuteur extérieur responsable de tout ce que l’Enfant vit de désagréable. La notion d’œdipe précoce : L’œdipe précoce débute dès la fin de la première année lors de la position dépressive centrale, position abordée avec les angoisses et les mécanismes de défense du stade oral. La première année a vu l’éveil des tendances œdipiennes, avec désir d’introjection, d’incorporation de l’Objet libidinal (objet de désir). La triangulation commence à partir du moment où il y a désir de tout Objet extérieur et interdit, sous forme d’angoisse de dévoration, qui punit. 14 7.4 Développement Postulat : Pulsion de vie et pulsion de mort existent dès la naissance et sont préalables à toute expérience vécue. Elles organisent les premiers processus psychiques. Il y a un conflit interne immédiat à la vie. En naissant, le bébé entre dans le conflit. Il est capable de manipuler, dès le début, des rudiments d’images. Dès lors, on peut dire qu’il est en position schizo-paranoïde, et ceci durant les 4, voir les 6 premiers mois. L’angoisse qui prédomine alors est une angoisse persécutive, paranoïde et de morcellement (notons que là où Mélanie Klein parle de conflits internes à l’Enfant, Anna Freud voit des conflits relationnels, d’adaptation). Quand le bébé naît, il n’est donc pas tout neuf. Il manipule des rudiments, des morceaux de fantasmes parce qu’il y a prédominance du mode de relation d’ Objets partiels. Le bébé a affaire à des morceaux d’Objets (ses pensées, ses fantasmes sont des morceaux). Il a de même un rudiment de Moi, des morceaux de Moi, complètement incohérents mais qui tendront vers l’intégration. C’est ainsi que les mécanismes d’introjection et de projection constitueront les préformes de l’appareil psychique, des Objets et du Moi. – les bonnes expériences (comme satisfaction ou gratification) sont liées à la pulsion de vie (pulsion libidinale). Il y a un affect qui se trouve introjecté à l’intérieur du bébé et qui est lié à un fragment de bon Objet; ce sera la base du premier Moi fragmenté, mais interne. Les bonnes expériences seront ainsi gardées et constitueront le Moi; –— les mauvaises expériences (comme frustration, déplaisir ou douleur) sont liées à la pulsion de mort. Vécues comme étant dangereuses, elles seront projetées à l’extérieur. Ainsi se constituent un affect agressif et un fragment d’Objet, rejetés à l’extérieur dans le non- Moi. C’est de cette manière que se formera un Objet dangereux, persécuteur : Le Surmoi archaïque Maternel. Tout fonctionne sur un mode dichotomique (de la division entre deux choses opposées telles que Moi/non-Moi, introjection/projection, ou bon/mauvais). Se forme ainsi un bon Objet gratifiant à l’intérieur du bébé, et qu’il doit protéger : le Moi. Pour le rendre inaccessible à la persécution, le bébé idéalisera ce bon Objet, son Moi. Il utilisera aussi le clivage (L’ Objet extérieur est clivé et le Moi aussi est clivé. Les Objets internes au Moi sont également clivés), le déni, les mécanismes d’identification projective et introjective. Quand aucun de ces mécanismes n’est satisfaisant pour maîtriser l’angoisse, le Moi, en ultime défense, se désintègre complètement, se fractionne. Sa seule défense est alors d’exister le moins possible. A partir du 6ème mois s’amorce la position dépressive, et vers 12-18 mois la position dépressive centrale. L’ Objet externe s’unifie et le bébé lui reconnaît une unicité grâce à l’expérience répétée du maternage. Comme il éprouve à la fois haine et amour vis à vis du même Objet, il en ressent une angoisse dépressive et une responsabilité. L’Objet est alors aimé en tant que substitut de lui-même. Le bébé réalise que c’est lui-même qui aime et déteste l’ Objet. Il a alors peur de perdre la capacité d’aimer, en même temps qu’il reconnaît la possibilité de perdre l’ Objet à force d’être trop agressif. Ce qu’il aime, il l’a tué fantasmatiquement et perdu réellement. Les mécanismes de défense schizoïdes (clivage, déni, identifications projective et introjective) ont diminué. Le bébé éprouve une très intense souffrance, bien que de manière transitoire. Il accepte ses pulsions destructrices maintenant qu’il investit plus fortement les expériences libidinales. Contre la dépression qui l’assaille, un mécanisme de défense restructurera l’Objet détruit : Ce 15 sera la "réparation" (Le bébé acceptera la frustration, reconnaîtra à l’Objet plus de bénéfices que de torts). Des mécanismes comme la mémoire, la notion de symbole qui apparaissent permettent d’accéder à la réparation. Le Moi peut se permettre d’investir la pulsion libidinale sans être clivé, détruit. C’est à partir de là qu’il acceptera de ressentir de l’ambivalence. Notons que si cette position dépressive dure trop longtemps, ou est trop intense, il pourra y avoir un retour en arrière, une régression défensive, à travers des défenses maniaques ("Je peux tout casser car je peux tout réparer", il faut voir dans ces défenses maniaques un déni de la responsabilité de ses actes, une résurgence de la toute puissance. Ce retour en arrière évite l’angoisse dépressive intolérable). 7.5 Le soin Face à ce patient en phase maniaque, il faut d’abord se préserver, et sans arrêt le remettre face à la réalité, lui répéter les limites. Il y a un débordement du Moi, il est l’Autre. Il faut donc lui re-préciser les réalités (L’Objet n’est rien, lui est tout. Il a tout pouvoir sur l’Objet et ne reconnaît que les faiblesses et les défauts des Autres). Face à la dépression, la défense naturelle, outre la réparation, est l’état maniaque. C’est la position dépressive qui permet au Moi de se structurer et les mécanismes psychotiques doivent peu à peu céder la place aux mécanismes névrotiques (projection, clivage cèdent la place au refoulement, au déplacement). La position dépressive n’est jamais complètement dépassée puisque les angoisses provoquées par l’ambivalence et la culpabilité (angoisses de perte) risquent à tout moment de se réveiller si une expérience de dépression est vécue. Il faut bien se rappeler qu’à l’âge Adulte, nous n’avons jamais complètement oublié nos comportements schizo-paranoïdes et dépressifs. La forme est la même et seul le contenu a différé. 7.6 L’œdipe précoce (vers 1 ou 2 ans) A l’issue de la résolution de la position dépressive par une réparation, l’Enfant utilisera les mécanismes névrotiques. Il aborde alors l’œdipe. La scène primitive est fantasmée selon les mécanismes schizo-paranoïdes et dépressifs, c’est à dire par le biais d’un fantasme d’agression et d’abandon (Exclusion de l’Enfant et agression mutuelle des 2 Parents, dans un contexte d’abandon et de perte pour l’Enfant). Apparaissent toutes les théories sexuelles infantiles qui sont une tentative d’explication de la curiosité de l’Enfant vis à vis du ventre Maternel et tout ce que ce ventre est supposé contenir (lait, boudin fécal, pénis, enfant). C’est ce contenu que l’Enfant veut dérober. L’angoisse de castration et l’œdipe permettront de fixer un choix Objectal. Au niveau Adulte : Dans une relation génitale Adulte sont intégrées toutes les formes des fantasmes archaïques (Peur de se perdre dans l’Autre et envie de s’y perdre, peur d’être dévoré et envie de dévorer... ). L’Autre, le partenaire, nous persécute avec ses exigences. La jalousie fait éprouver tous les fantasmes d’intrusion chez l’Autre (On s’introduit chez l’Autre et on voudrait qu’il nous donne ce qu’on croit qu’il nous cache). Le schéma œdipien est fondé sur ce vécu archaïque. Nota : La plupart des patients psychotiques utilisent des mécanismes névrotiques pour cimenter les morceaux de leur Moi. On trouvera ainsi des névroses obsessionnelles, de l’hystérie... 16 7.7 Aspects cliniques et points de controverse avec Anna Freud La technique du jeu : Mélanie Klein propose l’utilisation de la technique du jeu, théorisée en 1927. Cette technique repose sur un principe fondamental : Le jeu est l’activité naturelle de l’Enfant où il exprime ses fantasmes inconscients agressifs et sexuels. Les pulsions sont représentées par l’Enfant sous une forme ludique et symbolique (agit). Le jeu est un moyen pour lui d’intégrer les informations, et c’est aussi pour lui un moyen de les rejouer, de les ré-exprimer. C’est en fait le seul moyen d’expression qu’il a, de façon naturelle et appropriée, car agit. L’Enfant met en acte ce qu’il ressent. Le jeu a l’avantage de le faire agir dans la symbolique. Le jeu se substitue à la parole : L’Enfant peut tout faire par lui sans le faire dans la réalité. Mélanie Klein donne un sens à toutes les phases du jeu. Ces phases sont interprétables au fur et à mesure de leur déroulement, au même titre que les associations libres de l’analyse. C’est à ce point que se situe la première controverse technique. Pour Anna Freud : 1. le jeu est une activité naturelle de l’Enfant régie par le principe de plaisir, d’où sa valeur pour la psychanalyse. Mais l’Enfant n’a pas la conscience d’être en analyse et ne pourra donc en faire un outil de guérison. Pour Mélanie Klein, le jeu se passant en présence de l’analyste, ce dernier en montrera par ses interprétations la valeur symbolique. Ce ne sera plus pour l’Enfant une simple activité imaginaire mais une activité qui mettra en cause ses relations aux Objets libidinaux (ses relations Objectales), d’où la conscience d’être en analyse. Car l’analyse est là où on a conscience de l’être, et l’important n’est pas le contenant mais bien plutôt le sens qui lui est donné. En reconnaissant ce sens, l’Enfant a bien conscience d’être en analyse; 2. le jeu, malgré sa valeur interprétable, n’est pas thérapeutique. Pour établir la communication, il faudra donner au thérapeute un rôle éducatif, c’est à dire placer au centre de la thérapie la prise en compte de la réalité dans la vie de l’Enfant. Anna Freud pose là le problème du transfert : Qui est l’analyste pour l’Enfant? Dans une analyse d’Adulte, on rejoue avec le psychanalyste tout ce qu’on a vécu dans le passé : C’est le transfert. Avec un Enfant, l’analyste ne peut pas être neutre. Il devra prendre des attitudes positives ou négatives et aura donc un rôle éducatif et pédagogique. Pour Mélanie Klein, l’Enfant est capable de transfert très jeune et il y a antinomie entre pédagogie et psychanalyse. La conscience d’être en analyse donne la capacité à l’Enfant de jouer des situations transférentielles. Ce transfert permet alors l’expression de ses fantasmes sexuels et agressifs, de ses angoisses dépressives ou persécutives. L’interprétation immédiate et continue entraîne le plus souvent une diminution de l’angoisse, une levée des inhibitions et une meilleure capacité de symbolisation; 3. la névrose infantile se définit à partir d’une difficulté du sujet à s’adapter à la réalité extérieure. Il s’agit là d’une controverse sur les indications de la psychanalyse. Elle met l’accent sur le conflit avec la réalité. Les critères sont les perturbations de l’évolution libidinale, la fragilité du Moi et donc l’usage intensif et durable des mécanismes de défense, comme le refoulement, la négation, la fuite dans le fantasme, la projection ... etc. Pour Mélanie Klein, la névrose se définit à partir de l’absence de potentialité du sujet pour se libérer du poids inhibant de son monde fantasmatique. L’approche de Mélanie Klein se fait par le conflit interne. Elle y voit l’inhibition des tendances épistémophylliques (tendances à symboliser, à acquérir des connaissances), le refoulement de la vie imaginaire, l’incapacité à tolérer les 17 frustrations, l’adaptation excessive aux exigences éducatives, les modalités relationnelles avec l’entourage. Pour exemple, on pourra se reporter à Psychose et phase infantile dépressive de Mélanie Klein : http ://psychiatriinfirmiere.free.fr/Pages/Pages_Fisp/documents annexes/psychose et phase infantile depressive.htm 8 Autres auteurs 8.1 Donald Winnicott (1896-1971) Son œuvre est centrée sur la nécessité, pour le développement, d’un environnement "suffisamment bon". Faute de cela, l’Enfant se construira une personnalité d’emprunt. Pédiatre, Winnicott se mit secondairement à la psychanalyse. Sa méthode est une psychanalyse remodelée, avec communication directe (jeu, mot, geste) ou indirecte en discutant avec la Mère en présence de l’Enfant. Winnicott adapte le cadre selon la personnalité du patient. 8.2 Bruno Bettelheim (1908- ?) Son œuvre est centrée sur l’autisme infantile, et la thérapeutique institutionnelle qui part du principe que si un environnement destructeur peut anéantir l’individu, un environnement particulièrement favorable peut le reconstituer, d’où la création de l’école orthogénique à Chicago. Bettelheim s’est aussi centré sur l’éducatif avec de nombreux dialogues avec les Mères. Sa méthode consiste dans le suivi systématique des éducateurs ou thérapeutes approchant l’Enfant. C’est l’institution dans son ensemble qui est thérapeutique. 8.3 Mannoni (1920- ?) œuvre centrée sur l’étude des psychoses, et les organisations déficitaires. Elle recherche le sens que prend la maladie dans les fantasmes du sujet et de sa famille (comment est perçue la déficience par le Père, la Mère, la Fratrie). Ses références théoriques sont l’antipsychiatrie (avec l’étude des facteurs sociaux) et Lacan. Sa méthode : Prise en charge de l’Enfant dans une perspective communautaire. 8.4 Deligny Son œuvre est centrée sur l’autisme et l’arriération mentale, avec comme référence l’éthologie (étude du comportement animal dans le milieu naturel). 18 Sa méthode : Vie communautaire et établissement d’un code non verbal entre l’Enfant et l’Adulte (signes, gestes, traces... ). 19