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Module 3 : MATURATION ET VULNERABILITE
AUTISME INFANTILE ET
PSYCHOSES PRECOCES DE L'ENFANT
MODULE 11 : SYNTHESE CLINIQUE ET THERAPEUTIQUE. ITEM N° 278.
ENSEIGNANTS : Dr J. Malka, Pr. P. Duverger.
MODE D’ENSEIGNEMENT : ARC / E.D.
OBJECTIFS :
- Savoir reconnaître les signes précoces de l’autisme infantile.
- Connaître la description de l’autisme infantile constitué.
- Savoir orienter les investigations devant une suspicion d’autisme infantile ou de psychose précoce de l’enfant.
- Argumenter les principes et les différentes modalités de prise en charge des pathologies autistiques et psychotiques précoces de l’enfant.
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AUTISME INFANTILE ET
PSYCHOSES PRECOCES DE L'ENFANT
CONTEXTE HISTORIQUE EPIDEMIOLOGIE
EXAMEN D’UN ENFANT PSYCHOTIQUE
DIAGNOSTIC ET EVALUATION
1 °/ Le bilan clinique
2°/ Le bilan somatique
3°/ Le bilan psychologique
4°/ Le bilan psychomoteur
5°/ Ecueils à éviter concernant les diagnostics d’autisme et de psychose précoce 6°/ Diagnostic précoce de l’autisme infantile : une suspicion, jamais un diagnostic 7°/ Problèmes diagnostiques et diagnostics différentiels
8°/ Formes cliniques.
EVOLUTION DE L’AUTISME ET DES PSYCHOSES
PRECOCES
1 °/ Les facteurs pronostics
Facteurs liés à l’enfant lui-même Facteurs liés à l’environnement 2°/ L’évolution à long terme.
PRISE EN CHARGE DES ENFANTS AUTISTES ET
PSYCHOTIQUES
Bibliographie
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AUTISME INFANTILE
PSYCHOSES PRECOCES DE L'ENFANT
Le but ce cours d'aider le praticien - généraliste, pédiatre ou psychiatre - à se repérer dans le domaine de l'autisme et des psychoses infantiles précoces. C'est en effet à lui qu'un enfant est adressé lorsqu'un fait ressenti comme anormal est constaté dans son développement. Toute la difficulté est alors de savoir si ce " fait " s'inscrit dans un développement pathologique.
Toute démarche diagnostique en pédopsychiatrie suppose au préalable que soient assimilés les grands fondements du développement normal du nourrisson, de l'enfant et de l'adolescent. Nous renvoyons donc d'abord le lecteur aux enseignements correspondants.
Nous nous attacherons à montrer ici en quoi tel ou tel signe observé doit attirer l'attention du médecin. Cette dernière comporte une part objective (celle qui suppose une connaissance du développement normal et pathologique) mais aussi une part subjective qu'il faut savoir écouter mais aussi analyser pour qu'elle soit fiable.
CONTEXTE HISTORIQUE
Jusqu'au début du XIXème siècle, la pathologie mentale de l'enfant, quelle qu'elle soit, était considérée comme l'expression d'une déficience du développement de l'intelligence. La psychose (ou la "folie") était à cette époque considérée comme exclusivement liée à l'adulte.
Depuis, des similitudes cliniques ont peu à peu été mises à jour entre certaines psychoses décrites chez l'adulte et les manifestations de certains enfants, ce qui a fait supposer dès la fin du XIXème siècle la possibilité d'une éclosion très précoce de troubles psychotiques de la personnalité.
En 1943, Léo Kanner, psychiatre américain d'origine autrichienne, décrivit pour la première fois l'autisme infantile précoce, à partir de l'observation de 11 enfants âgés de 2 ans et demi à 8 ans. Ces enfants, précisait l'auteur, avaient en commun "l'inaptitude à établir des relations normales avec les personnes et à réagir normalement aux situations, depuis le début de leur vie." Kanner repérait alors chez ces enfants, autour de ce désordre fondamental représenté par des troubles majeurs de la communication, un certain nombre de caractéristiques cliniques constituées par :
- le retrait autistique ("aloness"), marqué par l'absence de contact avec la réalité externe, le monde extérieur (celui des objets mais aussi des personnes) semblant ignoré par l'enfant. Lorsque cette "ignorance" concerne des personnes humaines, ces dernières n'étant pas perçues par lui comme des sujets à part entière sont utilisées comme des objets ou comme le prolongement de son propre corps. Par exemple, l'enfant se sert de la main d'autrui en cherchant à utiliser ses capacités de préhension.
Il faut savoir enfin que le retrait autistique comporte une part active, décelable en particulier à travers certains comportements comme l'évitement du regard, le refus du contact corporel imposé, toute tentative pour forcer celui-ci entraînant des manifestations d'angoisse, souvent massive, qui se manifeste notamment par de l'agressivité (envers autrui mais aussi souvent lui-même à travers des comportements d'automutilation)..
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- Le besoin d'immuabilité ("sameness"), besoin impérieux pour l'enfant autiste de maintenir stable et inchangé son environnement habituel. Toute perturbation, là encore, produit le même effet d'angoisse que celui évoqué plus haut. Sont à rapprocher de cette recherche d'immuabilité les extraordinaires capacités de mémorisation dont certains enfants font preuve concernant l'environnement tel qu'ils avaient pu le percevoir initialement.
On peut enfin inclure dans ce chapitre sur le besoin d'immuabilité les stéréotypies, qui sont gestes (parfois complexes) que l'enfant exécute de façon rythmique, strictement à l'identique d'une fois sur l'autre, et qui semblent lui procurer une excitation intense associée à une satisfaction non moins intense. On peut ajouter aux stéréotypies gestuelles les stéréotypies verbales, observables chez certains enfants ayant acquis le langage.
- Les troubles du langage, qui sont constants, mais qui revêtent des aspects variés : inversion pronominale caractérisée en particulier par l'incapacité à utiliser le "je", répétition écholalique, difficulté d'accès au "oui", néo-langage inaccessible, etc.
La caractéristique commune à ces différentes particularités est que l'enfant autiste n'utilise pas le langage dans le but de communiquer, tout du moins dans les formes les plus sévères.
Dans les années 1970-1980, les milieux scientifiques ont manifesté un intérêt croissant pour l'autisme infantile. Cet intérêt a conduit à des recherches dans des domaines aussi divers que la neurobiologie ou la psychanalyse.
Parallèlement, le souci de trouver un cadre nosographique adéquat pour l'autisme et les troubles apparentés s'est manifesté partout dans le monde et donné lieu à d'innombrables débats, toujours aussi houleux de nos jours.
Ces débats se heurtent en particulier au fait que la démarche de classification d'entités bien définies implique que les différents troubles rencontrés (autisme et autres psychoses) soient effectivement distincts les uns des autres. Or l'expérience clinique montre chaque jour que les frontières ne sont pas aussi étanches qu'on a pu le croire un temps. A ce titre, les classifications internationales actuelles (classification américaine, classification de l'OMS) donnent à penser que ces frontières sont bel et bien étanches.
Ces classifications reposent en effet sur des critères comportementaux parfaitement définis sans tenir compte de données plus subtiles concernant le vécu subjectif et les modalités relationnelle de ces enfants qui par essence sont amenées à changer au fil du temps, et notamment dans le cadre d'une prise en charge à la fois précoce et globale. En mettant plutôt l'accent sur l'aspect neurologique c'est-à-dire sur la maturation du système nerveux (à tel point que le terme de psychose a été supprimé pour être remplacé par celui de "troubles envahissant du développement") et non sur le développement psychoaffectif (par essence malléable, en perpétuelle transformation), ces classifications, bien que se voulant indépendantes de tout a priori théorique concernant la pathogénie de ces affections, laissent à penser que ces troubles sont précocement fixés, tels des handicaps non évolutifs.
Différente est la position des pédopsychiatres français, qui ont proposé une Classification Française des Troubles Mentaux de l'Enfant et de l'Adolescent (C.F.T.M.E.A.). Dans cette classification, les troubles, y compris l'autisme de Kanner, sont dénommés "Psychoses infantiles précoces". L'accent est ici beaucoup moins porté sur les signes extériorisés (c'est-à-dire les comportements) que sur la notion de troubles de la personnalité (en lien avec les avatars du développement psychoaffectif de l'enfant), avec ses angoisses spécifiques, les mécanismes mis en place pour les contenir, les modalités particulières de relation au monde et à autrui.
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Dans cette perspective, l'autisme n'est plus considéré comme une pathologie fixée, irréversible, mais comme le résultat d'un processus psychotique "autistisant" susceptible d'être au moins en partie infléchi par une intervention thérapeutique.
C'est ainsi que l'autisme et les différentes psychoses de l'enfant prennent de nos jours des formes beaucoup moins caricaturales que par le passé, du fait des efforts thérapeutiques mis en place et bien entendu toujours perfectibles.
De tout ce qui précède, il ressort que les psychoses infantiles précoces peuvent être abordées de deux manières différentes, qui influencent leur mode de prise en charge :
- L'une insiste sur l'aspect neurologique
- L'autre insiste sur le développement psychoaffectif
=> L'aspect neurologique s'inscrit dans une optique maturative : la maturation du système nerveux en tant qu'organe en devenir. Faute de traitement étiologique, l'accent est donc mis ici sur le " traitement " des comportements dans lequel les médications ainsi que l’éducation et la rééducation occupent une place centrale. L’accent est également mis sur la recherche d'une causalité organique (recherches génétiques, recherches biochimiques, recherches neurophysiologiques, études d’imagerie cérébrale)
=> L'aspect psychoaffectif s'inscrit dans une perspective d’adaptation : le développement psychique est ici en lien avec le mode de structuration de la personnalité ainsi que le vécu subjectif de l'enfant, par essence tous deux singuliers (c'est à dire propre à chaque enfant) et en relation étroite avec l’environnement familial et social. La prise en charge qui en découle insiste donc ici sur l'histoire du patient et de sa famille, sur le rapport de ce patient à son environnement, sur la perception qu’il a de lui-même (qui va jusqu’à nous interroger sur la conscience qu’il a de sa propre existence et la manière dont il l’exprime)
Cette dernière approche est en particulier celle de la pédopsychiatrie française, qui se sert de nombreux concepts psychanalytiques à la fois dans la perspective d'améliorer la prise en charge thérapeutique mais aussi dans le but de tenter d'appréhender les mécanismes psychologiques à l'œuvre.
En marge de ces deux grands courants, figure les sciences cognitives qui sont à l’origine de travaux qui concerne d’une part les modalités particulières du fonctionnement de l’intelligence des enfants autistes et d’autre part la recherche d’un éventuel déficit cognitif dont certains auteurs considèrent qu’il pourrait constituer le "noyau dur" de l’autisme, sa cause primaire, sorte de déficit de base dont les troubles relationnels ne seraient que la conséquence.
Tout l’enjeu est de nos jours de concilier ces différentes approches théoriques, en considérant qu’il n’existe pas "une vérité" qui éliminerait toutes les autres hypothèses, mais qu’il existe simplement plusieurs niveaux d’analyse, qui ne s’excluent en aucun cas : tel niveau s’intéresse à l’hypothèse d’une souffrance neurologique, tel autre s’intéresse à celle de la souffrance psychique, tel autre enfin à celle d’un dysfonctionnement intellectuel.
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EPIDEMIOLOGIE
Si l'on considère le syndrome autistique, on retrouve classiquement :
- Prévalence : 4 à 5 enfants pour 10 000 naissances.
- Sex-ratio : forte prévalence des garçons par rapport aux filles : près de 4 garçons pour une fille pour les enfants atteints précocement, ce chiffre diminuant pour atteindre 2,6 pour 1 chez les enfants atteints plus tardivement.
Si l'on considère l'ensemble des troubles autistiques et apparentés (psychotiques), les chiffres sont plus élevés :
- Prévalence : 10 à1 1 enfants pour 10 000 (soit 50 à 60 000 personnes en France) - Sex-ratio : alors de 2 pour 1.
EXAMEN D’UN ENFANT PSYCHOTIQUE DIAGNOSTIC ET EVALUATION
L’évocation du diagnostic d’autisme nécessite une démarche extrêmement rigoureuse dans l’argumentation et l’évaluation de la gravité du trouble.
Plusieurs bilans sont nécessaires:
- le bilan clinique
- le bilan somatique
- le bilan psychologique - le bilan de langage
- le bilan psychomoteur.
1°/ Le bilan clinique
Ce bilan clinique repose sur l’anamnèse de l’enfant ainsi que sur son examen clinique actuel. Il permet d’orienter le diagnostic vers l’une des quatre grandes catégories nosographiques suivantes :
- L’autisme infantile, dont le diagnostic repose sur les critères suivants : - apparition des troubles avant l’âge de 3 ans
- altération qualitative des interactions sociales
- altération qualitative de la communication et du langage
- comportements, intérêts et activités restreints, stéréotypés et répétitifs.
=> Ces critères reformulent de manière assez fidèle la description clinique de Léo Kanner évoquée dans le premier chapitre.
- L’autisme atypique, qui diffère de la forme précédente par sa survenue plus tardive (après 3 ans), par sa symptomatologie souvent incomplète, ainsi que par son éventuelle association à un retard mental (quelle que soit son origine, notamment organique)
- Les psychoses précoces déficitaires, qui surviennent chez des enfants présentant un déficit mental important (quelle que soit là encore son origine) qui représente la "toile de fond" sur laquelle apparaissent des difficultés de communication, des accès d’angoisse et des troubles du comportement (impulsivité, agressivité en particulier
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envers eux-mêmes...) qui ne sont que partiellement et indirectement rattachables à la déficience intellectuelle.
- Les dysharmonies psychotiques, qui ont une expression manifeste à partir de 3 ou 4 ans.
Leur symptomatologie varie d'un cas à l'autre et, pour le même enfant, se modifie d'un moment à l'autre. Ces dysharmonies se caractérisent en effet, comme leur nom l'indique, par un développement non harmonieux, non simultané, entre les différents niveaux d'organisation que sont la sphère psychoaffective, la sphère cognitive, le développement psychomoteur, chaque niveau d'organisation évoluant en quelques sortes relativement indépendamment des autres niveaux.
Il en résulte cette impression de désorganisation dite "dysharmonique" de la pensée, des affects et des relations sociales, avec pour conséquence une menace de rupture avec la réalité, l'absence ou la mauvaise organisation du sentiment de soi, la tendance au débordement de la pensée par des représentations très crues, des angoisses de types divers (angoisses de néantisation, angoisse dépressive et de séparation), la prédominance de positions et d'intérêts archaïques.
Cependant, en dépit de ces traits, certaines capacités d'adaptation assurent parfois une protection contre les risques de désorganisation. Il faut donc insister dans ces situations sur la fragilité de l'adaptation de ces enfants à leur environnement, et veiller à ne pas les confronter de manière abrupte à des exigences qu'ils ne pourront surmonter.
Sur le plan clinique, les dysharmonies psychotiques se caractérisent par leur polymorphisme. Les manifestations les plus fréquentes sont :
- les manifestations d'angoisse
- une inhibition sévère
- une grande instabilité psychomotrice
- des troubles relationnels importants
- un échec scolaire...
2°/ Le bilan somatique
Il devra être soigneux et réalisé de préférence par un neuropédiatre.
Il recherchera :
- l'existence d'une anomalie neurologique
- l'existence d'une comitialité
- un déficit sensoriel (surdité, troubles visuels)
- des anomalies génétiques (importance de l'enquête génétique) comme par exemple un syndrome d'X fragile.
Ce premier bilan orientera les examens complémentaires.
Toutefois, certains examens complémentaires sont maintenant devenus quasi systématiques devant un tableau clinique préoccupant. C’est ainsi que le bilan ORL avec audiogramme et potentiels évoqués auditifs, le bilan ophtalmo, l’EEG (de veille et de sommeil), un bilan biologique de base et le caryotype sont facilement réalisés.
Dans un 2ème temps d'autres examens pourront être faits selon les cas : IRM cérébrale, imagerie fonctionnelle...
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31/ Le bilan psychologique
Il a deux objectifs :
- Evaluer le niveau intellectuel de l'enfant
- Apprécier les caractéristiques de la personnalité de l'enfant et étudier plus finement
les mécanismes psychopathologiques à l'œuvre (par exemple la désorganisation de l'image du corps, l'angoisse de morcellement, certains fantasmes archaïques envahissants comme être dévoré).
41/ Le bilan psychomoteur
Il est également important à réaliser de manière précise, car il nous renseigne en particulier sur la manière dont l'enfant investit son corps. Par exemple, il peut révéler la méconnaissance, de la part de l'enfant, de certaines parties de son corps (en particulier les parties qu'il ne peut pas voir) par absence de représentation mentale de celles-ci.
51/ Ecueils à éviter concernant les diagnostics d'autisme et de psychose précoce
Le diagnostic d'autisme ou de psychose précoce peut être très "lourd" de conséquences s'il est posé de manière aléatoire, sans questionnement suffisant :
=> Non seulement sur son argumentation clinique, avec le risque d'enfermer l'enfant dans une étiquette diagnostique sans avoir pris le recul nécessaire pour juger d'une éventuelle variabilité ou de l'évolution des troubles vers d'autres types de pathologies,
=> Mais aussi sur la capacité de l'environnement familial à comprendre ou même tout simplement à accepter un discours médical parfois énigmatique, parfois abrupt. A l'inverse, il est dangereux de vouloir rassurer à trop bon compte une famille inquiète en occultant ou en minimisant certains troubles relationnels subtiles repérés par elle.
Il ne faut à cet égard jamais oublier que les parents (ou leurs substituts) auront un rôle déterminant dans l'évolution de leur enfant. Ils sont à ce titre les plus précieux alliés des professionnels, tout en ayant la grande particularité de ne pas être des professionnels : c'est précisément cette place singulière, irremplaçable (y compris dans les situations de grande détresse) qu'il importera de préserver au maximum.
61/ Diagnostic précoce de l'autisme infantile, une suspicion, jamais un diagnostic
Il est rare de nos jours de découvrir un autisme dans sa forme complète (retrait autistique, recherche d'immuabilité, stéréotypies, absence de langage), telle que Kanner l'avait décrite. Les progrès de la recherche clinique ont en effet conduit à repérer certains signes précoces, durant les deux premières années de vie, susceptible d'orienter le diagnostic. La précocité du diagnostic permet en effet de mettre en place rapidement une prise en charge thérapeutique qui influencera la qualité de l'évolution.
On peut en effet légitimement penser que plus des modes relationnels autistiques auront fonctionné longtemps, plus il sera difficile d'en inversé le cours ultérieurement. Le retard à l'établissement du diagnostic est généralement attribué à une sensibilisation
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insuffisante des praticiens aux symptômes très précoces de l'autisme et au fait que les examens de routine effectués durant les premières années de la vie évaluent à peu près uniquement le développement moteur, intellectuel et perceptif (qui peut apparaître normal dans l'autisme) mais n'apprécient pas les signes les plus fins, notamment ceux du registre de la communication.
La question du diagnostic précoce de l'autisme infantile renvoie à certains débats sur les origines de l'autisme : s'agit-il d'une affection innée qu'il importerait de détecter le plus tôt possible afin d'espérer mieux la soigner, ou s'agit-il d'un processus évolutif dit "autistisant" dont il faudrait identifier les premiers signes afin d'en infléchir l'évolution vers l'autisme ?
Quoi qu'il en soit, certains signes observables chez le nourrisson doivent attirer l'attention. Mais il convient de rester prudent ! Tous ces signes n'auront de véritable signification que dans la relation interactive de l'enfant avec son entourage. Un signe isolé n'a aucune valeur s'il n'est associé à aucun autre, s'il est observé en dehors de tout contexte ou encore s'il s'inscrit dans un contexte immédiat particulier évident (événement personnel ou familial notamment, comme par exemple une séparation prolongée avec le milieu habituel, quelle qu'en soit la cause) qui fera davantage évoquer un problème réactionnel, qui, par définition, ne dure pas contrairement au signes autistiques.
Il faut par ailleurs souligner que ces signes d'alerte peuvent tout à fait passer inaperçus, surtout s'ils sont discrets et qu'il s'agit d'un premier enfant, les parents n'ayant pas de points de repères par rapport à une fratrie.
Différents "signes d'alerte" à retenir :
=> Durant le premier semestre
- Absence d'échange avec la mère et d'intérêt pour les personnes : indifférence à la voix et au visage de la mère, absence d'échange de regard avec celle-ci.
- Indifférence au monde sonore et impression de surdité
- Troubles du comportement :
soit sagesse excessive : enfant "trop calme" restant sans bouger soit au contraire, agitation désordonnée, enfant "trop excité".
- Troubles psychomoteurs :
- défaut d'ajustement postural et d'agrippement lors de la prise de l'enfant par l'adulte : enfant "poupée de son"
- absence d'attitude anticipatrice de l'enfant lorsque l'on ébauche le mouvement de le prendre dans les bras (normalement, l'enfant accompagne le mouvement en tendant les bras)
- Troubles du tonus : hypotonie le plus souvent (hypertonie parfois)
- Retranchement des processus perceptifs : pose dans la visualisation et indifférence au monde sonore.
- Anomalie du regard, strabisme persistant mais variable.
- Troubles graves et précoces du sommeil :
- insomnies calmes, les yeux grands ouverts
- ou au contraire, insomnies avec agitation.
- Troubles oro alimentaire avec défaut de succion.
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- Absence ou pauvreté des vocalisations.
- Absence de sourire au visage humain, qui apparaît normalement vers le 2ème-3ème mois et qui constitue un bon signe des capacités relationnelles de l'enfant (premier organisateur de Spitz)
=> Durant le deuxième semestre
Durant cette période, les signes précédents se confirment (inintérêt pour les personnes, défaut d'ajustement postural, indifférence au monde sonore et visuel), mais d'autres signes apparaissent :
- Quête active de stimuli sensoriels entraînant une sorte d'état extatique (fixation du regard sur des lumières, des objets qui tournent, jeux de doigts devant les yeux)
- Intérêt compulsif pour des objets insolites, souvent durs, contrastant avec le désintérêt général pour le monde environnant et l'utilisation d'objets dans le jeu.
- Ne réagit pas aux bruits ou de façon inconstante ou paradoxale
- Peu pas d'émissions vocales
- Absence d'intérêt pour les personnes (défaut de contact)
- Absence de participation à des activités comme "faire coucou", "bonjour" (n'imite pas)
- Absence d'angoisse lors de la séparation d'avec les personnes qui s'occupent habituellement de lui.
- Absence d'angoisse de l'étranger.
Pour comprendre :
On sait que l'angoisse de l'étranger apparaît normalement vers 8 mois. L'enfant, lorsqu'il est mis en présence d'un étranger en l'absence de sa mère, montre, à cette période, des manifestations plus ou moins importantes d'angoisse.
Celles-ci traduisent l'installation d'une image intériorisée de la mère (représentation psychique) dont la confrontation avec la perception de l'étranger vient signifier pour lui l'absence maternelle, source d'angoisse (deuxième organisateur de Spitz).
Le deuxième organisateur est le témoin de la capacité nouvelle du bébé à se représenter mentalement sa mère. Cette capacité n'existe pas chez le petit enfant autiste (Cf. cours sur le développement normal du nourrisson)
=> Durant la deuxième année
Les signes précédents se confirment, notamment le désintérêt pour les personnes, une fascination trop vives pour les stimulations sensorielles.
D'autres signes peuvent être notés à cette période :
- Absence de "pointage" (c'est-à-dire d'utilisation, à partir de 9-14 mois, de l'index pour indiquer à une autre personne un objet source d'intérêt). L'absence de pointage est considérée comme très caractéristique d'autisme.
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- Absence de jeux de "faire semblant" (c'est-à-dire de jeux symboliques, apparaissant dès l'âge de 12-15 mois, dans lesquels les objets sont utilisés comme s'ils avaient d'autres propriétés) également très spécifique.
- Les troubles du langage + + +, constants :
- peu ou pas de gazouillis
- apparition tardive des premiers mots (après 18 mois)
- absence d'utilisation du "je"
- écholalie.
- Pauvreté des jeux, absence d'imitation des mimiques, des gestes...
- Anomalies de la marche avec évitement de l'appui plantaire en position debout entraînant une marche sur la pointe des pieds
- Phobies de certains bruits (en particulier les bruits mécaniques) - Manifestations d'autoagressivité, automutilations
- Stéréotypies gestuelles.
Le diagnostic ne peut s'appuyer que sur la présence d'une constellation de signes et surtout sur l'impression persistante de difficultés majeures de la communication de la part de l'enfant.
Ce diagnostic, nous le rappelons à nouveau, doit être très prudent et peut nécessiter une période d'observation, soit au domicile de la famille, soit dans une structure d'accueil à temps partiel.
7°/ Problèmes diagnostiques et diagnostics différentiels
L'autisme associé à un retard mental
Dans ces situations, le retard mental est souvent reconnu en premier, les signes autistiques étant découverts lors des premiers bilans.
Il convient de différencier l'autisme débutant d'autres pathologies qui lui sont d'ailleurs parfois associées :
=> Une surdité précoce
Le diagnostic entre ces deux affections peut être d'autant plus difficile que certaines surdités s'accompagnent de comportements d'allure psychotique (isolement et autostimulations notamment) et qu'il existe d'autre part, comme nous l'avons vu, de réels syndromes autistiques associés à un authentique déficit auditif. Dans les vas les plus difficiles, l'évolution de la communication de l'enfant sous appareillage permettra d'affiner le diagnostic.
=> La cécité
Le commentaire est le même qu'en ce qui concerne la surdité.
=> Les carences affectives précoces et les dépressions infantiles
Ces deux affections peuvent s'accompagner de signes d'allure autistique (isolement et autostimulations en particulier à type de balancement). Toute séparation précoce prolongée d'avec sa mère (ou son substitut) ainsi que certaines carences intra-familiales graves peuvent déclencher des tableaux qui font parfois évoquer une psychose infantile débutante. Toutefois, si la situation est prise à temps, tous ces signes disparaissent lorsque l'enfant est placé dans des conditions affectives satisfaisantes. Il
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reste cependant probable que dans les cas de carence affective prolongée, le tableau peut évoluer vers d'authentiques psychoses.
=> Le retard mental
Autisme et retard mental ne sont pas exclusifs l'un de l'autre. La majorité des enfants autistes ont un retard souvent important, mais leur fonctionnement intellectuel est hétérogène et diffère de celui des enfants retardés du même niveau.
8°/ Formes cliniques
Les autistes de "haut niveau"
Moins le retard est sévère et plus les particularités de la communication dominent la symptomatologie; elles ne se voient pas toujours facilement dans la vie quotidienne. Certains autistes appelés "autistes savants" développent même des capacités exceptionnelles dans des domaines bien particuliers et restreints comme la mémorisation, les perceptions visuo-spatiales ou musicales... C'est le cas pour le Syndrome d'Asperger. On utilise généralement ce terme pour désigner des sujets ayant un passé d'autisme infantile plus ou moins prononcé mais ayant accédé au langage oral et écrit. Ils ont parfois un intérêt démesuré pour un domaine précis ou une aire de compétence particulière. Malgré ces acquisitions ou certaines performances parfois fascinantes, ces patients souffrent d'anomalies du contact social.
Le poly-handicap
Lorsqu'un retard de développement, des troubles neurologiques et des signes d'autisme sont associés, on parle de "poly-handicap avec autisme". Le secteur de la communication est alors le plus souvent perturbé; il existe des comportements caractéristiques (stéréotypies...)
EVOLUTION DE L'AUTISME ET DES PSYCHOSES PRECOCES
Cette question est essentielle.
Deux grands volets sont à distinguer : celui du pronostic lors de la découverte de la pathologie, et celui de l'évolution réellement constatée lors du suivi longitudinal des patients.
1°/ Les facteurs pronostics
La question du pronostic renvoie au questionnement des parents : que va devenir notre enfant ? Cette question est parfaitement légitime mais se heurte à des réponses aléatoires de la part des professionnels, certaines vécues comme alarmistes, d'autres comme insuffisantes voire désinvoltes. L’expérience clinique montre que la qualité de la relation thérapeutique avec l'enfant et son entourage importe bien plus que des réponses "toutes faites" qui atteindront très vite leurs limites voire produiront des effets délétères.
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- Facteurs liés à l'enfant lui-même
On retiendra comme éléments de meilleur pronostic :
- l'absence de déficience intellectuelle précoce
- l'apparition du langage avant 5 ans
- les formes d'apparition plus tardive (dysharmonies psychotiques) par rapport aux formes d'apparition plus précoce (autisme de Kanner)
- Facteurs liés à l'environnement
On retiendra conne facteurs de meilleur pronostic :
- la précocité du diagnostic et donc de la prise en charge - la qualité de la prise en charge
- la qualité de la coopération et du soutien familial.
2°/ L'évolution à long terme
Elle est extrêmement variable et fonction de multiples facteurs (dont les facteurs pronostics déjà évoqués) parfois d'ailleurs difficiles à identifier clairement.
Au mieux, certains patients (environ 20 %) s'insèreront correctement sur le plan professionnel et social.
Certains autres développeront une certaine autonomie mais seront gênés par un certain déficit intellectuel ou certains traits de personnalité pathologique.
D'autres auront une évolution plus sévère avec, en particulier, une faible autonomie liée à un déficit intellectuel moyen ou sévère.
Un dernier groupe, de faible importance, est constitué de sujets qui évoluent à l'âge adulte vers une schizophrénie de l'adulte, avec un faible niveau d'adaptation psychosociale.
PRISE EN CHARGE DES ENFANTS AUTISTES ET PSYCHOTIQUES
Elle doit être nécessairement pluridisciplinaire et comporte trois grands volets : éducatif, pédagogique et thérapeutique. Ces trois domaines sont de nos jours étroitement intriqués puisqu’il existe maintenant de nombreux liens (travail en réseau) entre les différentes structures d’accueil des enfants comme :
Structures scolaires spécialisées (après passage en commission spécialisée) : - Classes d’Intégration Scolaires (C.L.I.S.)
- Sections d’Enseignement Général et Professionnel Adapté (SEGPA) - Etablissements Régionaux d’enseignement adapté (EREA)
- Instituts Médico-Educatifs (IME)
- Instituts Médico-Pédagogiques (IMP)
- Instituts Médico-Professionnels (IMPro)
Structures de soins :
- Hôpitaux de jour
- Centres de consultation (ou sont reçus l’enfant mais aussi ses parents) - Centres d’Accueil Thérapeutique à Temps Partiels (CATTP) etc.
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Enfin, il convient de ne pas oublier le rôle de plus en plus prégnant des associations de parents d’enfants autistes. Au-delà des échanges sur l’expérience de chacun au quotidien, ces associations travaillent notamment au développement de structures d’accueil pour jeunes adultes autistes. Il faut en effet reconnaître que les prises en charge actuelles concernent essentiellement l’enfant et l’adolescent.
On peut ainsi retenir, en matière de prise en charge, que :
- Le travail éducatif vise à développer l’autonomie de l’enfant
- Le travail pédagogique s’intéresse à son développement intellectuel
- Le travail thérapeutique aide l’enfant à se constituer une identité suffisamment "solide" pour lui permettre de développer des modalités relationnelles de qualité. Précisément, en ce qui concerne la vie de relation de l’enfant, celle qui touche à la vie de famille se révèle souvent capitale dans le devenir du patient. A ce titre, les rencontres régulières avec les parents s’avèrent indispensables.
D'un point de vue médicamenteux :
Aucun traitement médicamenteux n’est curatif et la prescription médicamenteuse a une place secondaire dans les stratégies thérapeutiques chez l'enfant autiste. Elle est ajustée en fonction de chaque cas. Les neuroleptiques sont les molécules les plus prescrites; ils atténuent parfois la symptomatologie (en particulier l’angoisse de l’enfant psychotique) et favorisent ainsi la reprise du processus structurant ainsi que la qualité de la relation thérapeutique.
Pour en savoir plus...
Mazet P. & Coll. : Autisme infantile et psychoses précoces de l’enfant. Encycl. Méd. Chir., Psychiatrie, 37-201-G-10, 2001, 28 p.
Marcelli D. : Enfance et psychopathologie. Ed. Masson, 5ème édition, Paris, 1996, 286-326. Ferrari P. : L’autisme infantile. Ed P.U.F. Coll. Que sais-je ? 3ème édition, 2001.
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N
EL NINO Y LOS SORTILEGIOS
Personajes
EL NIÑO LA MADRE EL SILLÓN
LA TAZA CHINA LA GATA
LA LIBÉLULA
EL MURCIÉLAGO LA ARDILLA PASTORA
EL RELOJ LA TETERA
EL ANCIANO
EL GATO EL ÁRBOL LA RANA
Mezzosoprano
Contralto
Soprano
Mezzosoprano
Mezzosoprano
Mezzosoprano
Soprano
Mezzosoprano
Soprano
Barítono
Tenor
Tenor
Barítono
Bajo
Tenor
La acción se desarrolla en una casa de campo, en la actualidad. PREMIÈRE PARTIE PRIMERA PARTE
La Maison
(Une pièce à la campagne plafond très bas, donnant sur un jardin. Une maison normande, ancienne, ou mieux: démodé; de grands fauteuils, houssés; une haute horloge à cadron fleuri. Une teinture à petits personnages, bergerie. Une cage ronde à écureuil, pendue près de la fenêtre. Grande cheminée à hotte, un reste de feu paisible, une bouilloire qui ronronne. Le chat aussi. C'est l'après-midi. l'enfant, six ou sept ans, est assis devant un devoir commencé. Il est en pleine crise de paresse, il mord son porte-plume, se
La Casa
(Habitación de techo bajo de una casa con jardín, una casa estilo normado, anticuada,
con grandes sillones tapizados, un reloj de pared con tapa decorada de flores. Un tapiz con dibujos de pastores. Una jaula redonda con una ardilla, colgando cerca de la ventana. Un toldo frente
a la gran chimenea, un fuego casi extinguido, una olla que ronronea. El gato también.
Atardecer. El niño, de seis o siete años, sentado frente a su tarea apenas comenzada. Muerde su
gratte la tête et chantonne à demi-voix.)
L'ENFANT
J'ai pas envie de faire ma page. J'ai envie d'aller me promener.
J'ai envie de manger tous les gâteaux. J'ai envie de tirer la queue du chat
et de couper celle de l'écureuil.
J'ai envie de gronder tout le monde!
J'ai envie de mettre Maman en pénitence...
(La porte s'ouvre. Entre maman.)
MAMAN
Bébé e été sage? Il a fini sa page?
(l'enfant ne répond rien et se laisse glisser, boudeur, en bas de sa chaise.)
Oh! Tu n'as rien fait!
Tu as éclaboussé d'encre le tapis! Regrettes-tu ta paresse?
(silence de l'enfant.)
Promettez-moi, Bébé, de travailler? (Silence)
Voulez-vous me demander pardon?
(Pour toute réponse, Bébé lève la tête vers Maman et tire la langue.)
Oh!... (Sévère)
Voici le goûter d'un méchant enfant: du thé sans sucre, du pain sec. Restez tout seul jusqu'au dîner!
Et songez à votre faute!
Et songez à vous devoirs!
Songez, songez surtout
au chagrin de Maman!...
(Maman s'en va. l'enfant, resté seul, est pris d'une frénésie de perversité. Il trépigne et crie à pleins poumons vers la porte.)
L'ENFANT
Ça m'est égal!
Justement j'ai pas faim!
Justement j'aime beaucoup mieux rester tout seul ! Je n'aime personne!
Je suis très méchant!
Méchant, méchant! Méchant!
(Il balaie d'un revers de main la théière et la tasse, en mille morceaux. Puis il grimpe sur la fenêtre, ouvre la cage de l'Ecureuil et veut piquer la petite bête avec sa plume de fer. L'Ecureuil, blessé, crie et s'enfuit par
portaplumas, se rasca la cabeza y canturrea)
EL NIÑO
No quiero hacer mi tarea.
Quiero salir a dar un paseo.
Quisiera comerme todos los pasteles. Quisiera jalar al gato de la cola
y cortársela a la ardilla.
¡Quiero gritarle a todo el mundo! Quisiera castigar a mi mamá...
(La puerta se abre. Entra la madre)
MAMÁ
¿Se ha portado bien el bebé? ¿Terminó con su tarea?
(El niño no responde y se desliza, malhumorado, bajo la silla)
¡Oh! ¡No has hecho nada!
¡Manchaste de tinta la alfombra! ¿Te disculparás por tu pereza?
(El Niño guarda silencio)
¿Me prometes, bebé, que vas a trabajar? (Silencio)
¿Vas a pedir perdón?
(Por única respuesta, el bebé levanta la cabeza y le saca la lengua a su madre.)
¡Oh!...
(Con severidad)
Aquí está la cena para un niño malo: té sin azúcar y pan seco.
¡Tú solo te dejaste sin cena!
¡Y piensa en tus faltas!
¡Y piensa en tus deberes!
¡Piensa, piensa especialmente
que has entristecido a tu mamá!...
(La madre se va. El niño queda solo, víctima de un arrebato de perversa terquedad. Salta y grita a todo pulmón hacia la puerta.)
EL NIÑO
¡No me importa!
¡De todas formas, no tengo hambre!
¡De todas formas prefiero quedarme solo!
¡No quiero a nadie! ¡Soy muy malo! ¡Malo, malo, malo!
(Tira de un manotazo la tetera y la taza que se rompen en mil pedazos. Luego trepa al alféizar de la ventana, abre la jaula de la ardilla y la pincha con su estilográfica. La ardilla, herida
l'imposte ouverte de la croisée. L'Enfant saute à bas de escapa por una abertura de la ventana. El niño
la fenêtre et tire la queue du chat, qui jure et se cache salta de la ventana y le jala la cola al gato,
sous un fauteuil.) que maúlla y se esconde bajo un sillón.)
L'ENFANT (hors de lui) Hourrah!
(Il brandit le tisonnier, fourgonne le Feu, y renverse la bouilloire.)
Hourrah! Hourrah!
(Il se sert du tisonnier comme d'une épée pour attaquer les petits personnages de la tenture, qu'il lacère: de grands lambeaux de tenture se détachent du mur et pendent.)
Hourrah!
(Il ouvre la boîte de la grande Horloge,
se pend au balancier, qui lui reste entre les mains. Puis, avisant sur la table les cahiers et
les livres, il les met en pièces en riant aux éclats.)
Hourrah! Plus de leçons!
Plus de devoirs!
Je suis libre, libre, méchant et libre!
(Saôul de dévastation, il va tomber ensoufflé entre les bras d'un grand fauteuil couvert d'une housse à fleurs. Mais, ô surprise! Les bras
du fauteuil s'écartent, le siège se dérobe,
et le Fauteuil, clopinant lourdement comme un énorme crapaud, s'éloigne.)
L'ENFANT (saisi)
Ah!
(Ayant fait trois pas en arrière, le Fauteuil revient, lourd et goguenard, et s'en va saluer une petite bergère Louis XV, qu'il emmène avec lui pour une danse compassé et grotesque.)
LE FAUTEUIL
Votre serviteur humble, Bergère.
LA BERGÈRE
(avec une révérence) Votre servant, Fauteuil.
LE FAUTEUIL
Nous voilà donc débarrassés A jamais de cet Enfant
Aux talons méchants.
LA BERGÈRE
Vous m'en voyez, vous m'en voyez'aise!
LE FAUTEUIL
Plus de coussins pour son sommeil, Plus de sièges pour sa rêverie,
EL NIÑO (fuera de sí) ¡Hurra!
(Blandiendo el atizador, hurga el fuego y tira la olla)
¡Hurra! ¡Hurra!
(Blande el atizador cual espada para atacar los personajes dibujados en el papel tapiz,
que se desgarra. Grandes tiras de tapiz cuelgan de la pared)
¡Hurra!
(Abre la caja de reloj y se cuelga del péndulo, que se rompe entre sus manos. Luego, al ver en la mesa los cuadernos y los libros, los desgarra mientras se carcajea.)
¡Hurra! ¡Ya no habrá más lecciones! ¡Ni más tareas!
¡Soy libre, libre, malo y libre!
(Saciado con la devastación, se deja caer sin aliento entre los brazos de un gran sillón
revestido de una funda estampada. Pero, ¡oh, sorpresa!, los brazos del sillón se apartan, el asiento se retira y el sillón, cojeando pesadamente como un enorme sapo, se aparta.)
EL NIÑO (asustado) ¡Ah!
(Después de haber retrocedido tres pasos, el sillón regresa, pesado y socarrón, y saluda a una pequeña butaca Luis XV, que lo invita a bailar una danza grotesca.)
EL SILLÓN
Vuestro humilde servidor, butaca.
LA BUTACA
(haciendo una reverencia) Vuestra servidora, sillón.
EL SILLÓN
Ya es hora de librarnos para siempre de ese niño y de sus malvados talones.
LA BUTACA ¡Oh, qué alivio!
EL SILLÓN
Nada de almohadones para su sueño. Nada de asientos para sus ensueños,
Plus de repos pour lui que sur la terre nue. Et encore... qui sait?
LA BERGÈRE
Et encore... qui sait?
TOUS LES DEUX
Nous voilà donc débarrassés A jamais de cet Enfant
Aux talons méchants.
LE FAUTEUIL
Le Banc, le Canapé, le Pouf...
LA BERGÈRE
...et la Chaise de paille...
LE FAUTEUIL
Ne voudront plus de l'enfant.
(Les meubles que viennent de nommer le Fauteuil et la Bergère lèvent, qui les bras, qui les pieds,
et répètent en chœur)
Plus de l'enfant.
(Immobile de stupeur, l'enfant, adossé au mur, écoute et regarde.)
L'HORLOGE COMTOISE
Ding, ding, ding, ding, ding, ding!... Et encore, ding, ding, ding!
Je ne peux plus m'arrêter de sonner! Je ne sais plus l'heure qu'il est!
Il m'a ôté mon balancier!
J'ai d'affreuses douleurs de ventre! J'ai un courant d'air dans mon centre! Et je commence à divaguer!
(Sur deux pieds, qui dépassent sous sa chemise de bois, l'Horloge avance. Elle a une ronde petite figure rose à la place de son cadran, et deux bras courts gesticulant.)
L'ENFANT
Ah! L'Horloge marche.
L'HORLOGE COMTOISE Ding, ding, ding...
Laissez-moi au moins passer, Que j'aille cacher ma honte! Sonner ainsi à mon âge!
Moi, moi qui sonnais de douces heures,
Heure de dormir, heure de veiller, Heure qui ramène celui qu'on attend,
Heure bénie où naquit le méchant Enfant!
Peut-être que, s'il ne m'eût mutilée, Rien n'aurait jamais changé
Dans cette demeure
Peut-être qu'aucun n'y fût jamais mort...
Si j'avais pareilles les unes aux autres,
Les heures!
Ah! Laissez-moi cacher ma honte et ma douleur
Nada de reposo... sólo el suelo desnudo. Y otra cosa más... ¿Quién sabe?
LA BUTACA
Y otra cosa más... ¿Quién sabe?
LOS DOS
Ya es hora de librarnos para siempre de ese niño y de sus malvados talones.
EL SILLÓN
El banco, el sofá, el puf...
LA BUTACA
... y la silla de mimbre...
EL SILLÓN
No quieren al niño.
(Los muebles que acaban de mencionar el sillón y la butaca se levantan, agitando los brazos
y patas, y repiten a coro)
¡No más niño!
(Paralizado de estupor, el niño, pegado a la pared, escucha y mira)
EL RELOJ DE PARED
¡Ding, ding, ding, ding, ding, ding!...
¡Y otra vez, ding, ding, ding! ¡No puedo dejar de campanear! ¡No sé la hora que es!
¡Él ha quebrado mi péndulo!
¡Tengo un terrible dolor de estómago!
¡Siento el aire correr en mi interior! ¡Y estoy comenzando a divagar!
(Sobre sus dos patas, que se asoman bajo la caja de madera, el reloj avanza. Tiene un pequeño, redondo y rosado rostro y dos brazos cortos que gesticulan.)
EL NIÑO
¡Ah! ¡El reloj camina!
EL RELOJ DE CAJA
Ding, ding, ding...
¡Al menos déjame pasar!
¡Que pueda esconder mi vergüenza!
¡Sonar así, a mi edad!
Yo, yo que tan dulcemente daba las horas: hora de dormir, hora de levantarse,
hora de que regrese aquel a quien se espera... ¡La hora bendita en que nació el malvado niño! Quizás, si él no me hubiera mutilado,
nada hubiera cambiado
en esta morada;
quizás, nadie hubiera muerto...
¡Si yo pudiera dar acompasadas, unas y otras, las horas!
¡Ah! ¡Dejadme esconder mi vergüenza y dolor
Le nez contre le mur!
(On entend deux voix nasillardes au ras du sol.)
LA THÉIÈRE
(Wedgwood noire) How´s your mug?
LA TASSE (chinoise) Rotten!
LA THÉIÈRE ...better had...
LA TASSE Come on!
LA THÉIÈRE
Black and costaud, Black and chic, jolly fellow,
I punch, Sir, I punch your nose. I knock out you, stupid choose!
Black and thick, and vrai beau gosse, I box you, I marm´lade you...
LA TASSE
Keng-ça-fou, Mah-jong,
Keng-ça-fou, puis' -kong-kong-pran-pa, Ça-oh-râ, Ça-oh-râ...
Cas-ka-ra, harakiri, Sessue Hayakawa Hâ! Hâ! Ça-oh-râ toujours l'air chinoâ.
LA TASSE, LA THÉIÈRE
Hâ! Ça-oh-râ toujours l'air chinoâ. Ping, pong, ping...
(La Théière et la Tasse disparaissent dansant.)
L'ENFANT
(atterré)
Oh! Ma belle tasse chinoise!
(Le soleil a baissé. Ses rayons horizontaux deviennent rouges. L'Enfant frissonne de peur et de solitude; il se rapproche du Feu, qui lui crache au visage une fusée étincelante.)
LE FEU
(bondissant hors de la cheminée,
mince, pailleté, éblouissant)
Arrière!
Je réchauffe les bons, mais je brûle les méchants! Petit barbare imprudent, tu as insulté à tous
les Dieux bienveillants, qui tendaient entre le malheur et toi la fragile barrière!
Tu as brandi le tisonnier, renversé la bouilloire, éparpillé les allumettes, gare!
Gare au feu dansant!
Tu fondrais comme un flocon sur sa lange écarlate!
(Le Feu s'élance, et poursuit d'abord l'enfant qui s'abrite derrière les meubles. Derrière le Feu, née sous ses pas, monte la Cendre. Elle est grise onduleuse,
de cara contra la pared!
(Se escuchan dos voces gangosas a ras del suelo)
LA TETERA
(una Wedgwood negra) ¿Cómo te encuentras?
LA TAZA (china)
¡Muy mal!
LA TETERA
Yo un poco mejor...
LA TAZA ¡Vamos!
LA TETERA
Black and costaud, Black and chic, jolly fellow,
I punch, Sir, I punch your nose. I knock out you, stupid choose!
Black and thick, and vrai beau gosse, I box you, I marm´lade you...
LA TAZA
Keng-ça-fou, Mah-jong,
Keng-ça-fou, también kong-kong-pran-pa, Ça-oh-râ, Ça-oh-râ...
Cas-ka-ra, harakiri, Sessue Hayakawa
Hâ! Hâ! Ça-oh-râ les parecen a ustedes chinos.
LA TAZA, LA TETERA
Hâ! Ça-oh-râ toujours l'air chinoâ. Ping, pong, ping...
(La taza y la tetera se alejan bailando)
EL NIÑO (asustado) ¡Oh! ¡Mi hermosa taza china!
(El sol se está ocultando. Sus rayos rojizos caen horizontalmente. El Niño tiembla de miedo y de soledad; se acerca al fuego, que le escupe a la cara una chispa encendida.)
EL FUEGO
(saltando fuera de la chimenea, delgado, menudo, deslumbrante.)
¡Aléjate!
¡Caliento a los buenos, pero quemo a los malos! ¡Pequeño bárbaro imprudente, has insultado a todos los dioses benévolos que levantaron entre la desgracia y tú una frágil barrera!
¡Has blandido el atizador, volcado la olla y esparcido las ascuas! ¡Ten cuidado!
¡Cuídate del ondulante fuego o te derretirás como un copo en su lengua escarlata!
(El fuego avanza revoloteando y persigue al niño que se protege tras los muebles. Detrás del fuego, naciendo de sus pasos, se levanta la
muette, et le Feu ne la voit pas d'abord. Puis, l'ayant vue, il joue avec elle. Elle joue avec lui. Elle tente, sous ses longs voiles gris, de maîtriser le Feu. Il rit, s'échappe, et danse. Le jeu continue jusqu'au moment où, las de lutter, le Feu se laisse étreindre. Il tente un
dernier sursaut pour se libérer, brille encore un instant, puis s'endort, roulé dans les longs bras et les longs voiles. Au moment où il cesse de briller, l'ombre envahit la chambre, le crépuscule est venu, il étoile déjà les vitres, et la couleur du ciel présage le lever
de la pleine lune.)
L'ENFANT
(à demi-voix)
J'ai peur, j'ai peur...
(Des rires menus lui répondent. Il cherche, et voit se soulever les lambeaux déchirés de la tenture. Tout un cortège des petits personnages peints sur le papier s'avance, un peu ridicules, et très touchant. Il y a pastourelle, le pâtre, les moutons, le chien, la chèvre, etc. Une musique naïve de pipeaux et de tambourins les accompagne.)
LES PÂTRES Adieu, pastourelles!
LES PASTOURELLES Pastoureaux, adieu!
LES PÂTRES, LES PASTOURELLES Nous n'irons plus sur l'herbe mauve Paître nos verts moutons!
LES PÂTRES
Las, notre chèvre amarante!
LES PASTOURELLES
Las, nos agneaux roses tendres!
LES PÂTRES
Las, nos cerises zinzolin!
LES PÂTRES, LES PASTOURELLES Notre chien bleu!
LES PÂTRES
Le bras tendu, pastourelles,
LES PASTOURELLES
La bouche en cœur, pastoureaux,
LES PÂTRES
Nos amours semblaient éternelles.
LES PASTOURELLES Eternels semblaient nos pipeaux.
UN PÂTRE
l'enfant méchant a déchiré Notre tendre histoire.
Pâtre de ci, pastourelle de là, l'enfant méchant qui nous doit
ceniza. Es gris, ondulante y callada. Al principio el fuego no la ve, luego, al avistarla, juega con ella que intenta, con su velo gris dominarlo. Él ríe, escapa de ella y baila. El juego sigue hasta que, cansado de pelear, el fuego se deja agarrar. Intenta liberarse por última vez; brilla otra
vez por un instante, luego se duerme. En ese momento deja de arder, las sombras invaden la habitación, el ocaso ha llegado, las estrellas se ven por las ventanas y el color del cielo presagia la aparición de la luna llena.)
EL NIÑO
(en voz baja)
Tengo miedo, tengo miedo...
(Dos risitas le responden. Busca, y ve cómo se levantan las tiras desgarradas del tapiz. Todo un cortejo con los pequeños personajes del papel avanza, un poco ridículos pero muy conmovedores, pastorcillas, pastores,
ovejas, perros, cabras, etc. Una música
de chirimías y de tambores les acompaña.)
LOS PASTORES ¡Adiós, pastorcillas!
LAS PASTORCILLAS iastores, adiós!
PASTORES, PASTORCILLAS ¡Ya no llevaremos nuestras ovejas a pastar a la hierba malva!
LOS PASTORES
¡Ay, nuestra cabra violeta!
LAS PASTORCILLAS
¡Ay, nuestros tiernos corderos color rosa!
LOS PASTORES
¡Ay, nuestras cerezas escarlatas!
PASTORES, LAS PASTORCILLAS ¡Nuestro perro azul!
LOS PASTORES
Cuando estábamos abrazados, pastorcillas...
LAS PASTORCILLAS
Con los labios en el corazón, pastores...
LOS PASTORES
¡Nuestro amor parecía eterno!
LAS PASTORCILLAS
¡Eternas parecían nuestras flautas!
UN PASTOR
El malvado niño ha desgarrado
nuestra tierna historia.
Un pastor por aquí... una pastorcilla por allá... El malvado niño, ¡a nosotros!
Son premier sourire.
UN PÂTRE, UNE PASTOURELLE Pâtre de ci, pastourelle de là,
l'enfant méchant qui nous doit
Son premier sourire.
UNE PASTOURELLE
L'Enfant ingrat qui dormait sous la garde De notre chien bleu.
Las, notre chèvre amarante!
UN PÂTRE
Las, nos rosses et verts moutons!
(Ballet des petits personnages, qui expriment, en dansant, le chagrin de no pouvoir plus se joindre. Ils s'en vont, et avec eux la musique de cornemuses et de tambourins. L'Enfant s'est laissé glisser tout de songe long à terre, la figure sur ses bras croisés. Il pleure. Il est couché sur les feuilles lacérées de livres, et c'est l'un des grands feuillets, sur lequel
il est étendu, qui se soulève comme une dalle pour laisser passer d'abord une main langoureuse, puis une chevelure d'or, puis toute une Princesse adorable de conte de Fées, qui semble à peine éveillée, et étire ses bras chargés de joyaux.)
L'ENFANT
(émerveillé)
Ah! C'est Elle! C'est Elle!
LA PRINCESSE
Oui, c'est Elle, ta Princesse enchantée. Celle que tu appelais dans ton songe, La nuit passée.
Celle dont l'histoire, commencée hier, Te tint éveillé si longtemps.
Tu te chantais à toi-même: "Elle est blonde Avec des yeux couleur du temps".
Tu me cherchais dans le cœur de la rose Et dans le parfum du lys blanc.
Tu me cherchais, tout petit amoureux,
Et j'étais, depuis hier, ta première bien-aimée!
L'ENFANT
Ah! C'est Elle! C'est Elle!
LA PRINCESSE
Mais tu as déchiré le livre,
Que va-t-il arriver de moi?
Qui sait si le malin enchanteur
Ne va pas me rendre au sommeil de la mort, Ou bien me dissoudre en nuée?
Dis, n'as-tu pas regret d'ignorer à jamais Le sort de ta première bien-aimé?...
L'ENFANT
(tremblant)
Oh! Ne t'en va pas! Reste! Dis-moi... Et l'arbre où chantait l'oiseau bleu?
LA PRINCESSE
a quien debe su primera sonrisa.
UN PASTOR, UNA PASTORCILLA
Un pastor por aquí... una pastorcilla por allá... El malvado niño, ¡a nosotros!
a quien debe su primera sonrisa.
UNA PASTORCILLA
El ingrato niño, que dormía bajo el cuidado de nuestro perro azul...
¡ay, y de nuestra cabra violeta!
UN PASTOR
¡Ay, y de nuestras ovejas rosas y verdes!
(Ballet de los pequeños personajes, que expresan, mientras danzan, la tristeza de no poder estar juntos de nuevo. Se alejan, y con ellos la música de cornamusas y tambores. El niño se ha tumbado en el suelo, con la cara entre sus brazos cruzados. Llora. Aprieta las hojas desgarradas de los libros, una de las grandes páginas, que él había extendido se levanta como una losa, para dejar pasar primero una lánguida mano, luego una cabellera de oro, luego una princesa de cuento de hadas con sus brazos cargados de joyas.)
EL NIÑO
(maravillado)
¡Ah! ¡Es ella!... ¡Es ella!...
LA PRINCESA
Sí, soy yo, tu princesa encantada. Ella, la que tú llamabas en sueños, la noche pasada.
Ella, cuya historia, apenas ayer,
te mantuvo despierto por mucho tiempo. Te cantabas a ti mismo:
"Ella es rubia, de azules ojos color cielo".
Tú me buscaste en el corazón de la rosa y en el perfume del lirio blanco.
Tú me buscaste, pequeño enamorado, y fui, desde ayer, tu primer amor.
EL NIÑO
¡Ah! ¡Es ella!... ¡Es ella!...
LA PRINCESA
Pero rompiste el libro...
¿Qué sucederá conmigo?
¿Quién sabe si, el malvado hechicero no me enviará al sueño de la muerte, o acaso, me disolverá en una nube?
Dime, ¿no te lamentarás el no saber nunca el destino de tu primer amor?
EL NIÑO
(temblando)
¡Oh! ¡No te vayas! ¡Quédate! Dime...
¿Y el árbol donde cantaba el pájaro azul?
LA PRINCESA
(désignant les feuillets épars)
Vois ses branches, vois ses fruit, hélas...
L'ENFANT
(anxieux)
Et ton collier, ton collier magique?
LA PRINCESSE
(de même)
Vois ses anneaux rompus, hélas...
L'ENFANT
Ton Chevalier?
Le Prince au Cimier couleur d'aurore?
Qu'il vienne, avec son épée! Si j'avais une épée! Une épée!
Ah! Dans mes bras, dans mes bras! Viens, je saurai te défendre!
LA PRINCESSE
(se tordant les bras)
Hélas, petit ami trop faible, Que peux-tu pour moi?
Sait-on la durée d'un rêve?
Mon songe était si long, si long, Que peut-être, à la fin du songe, C'eût été toi, le Prince au Cimier d'aurore!...
(Le sol bouge et s'ouvre au-dessous d'elle. Elle appelle:)
A l'aide! A l'aide! Le Sommeil et la Nuit veulent me reprendre! A l'aide!
L'ENFANT
(la retenant en vain par sa chevelure d'or,
par ses voiles, par ses longues mains blanches) Mon épée! Mon épée! Mon épée!
(Mais une force invisible aspire la Princesse qui disparaît sous la terre.)
L'ENFANT
(seul et désolé)
Toi, le cœur de la rose,
Toi, le parfum du lys blanc,
Toi, tes mains et ta couronne,
Tes yeux bleus et tes joyaux...
Tu ne m'as laissé, comme un rayon de lune, Qu'un cheveu d'or sur mon épaule,
Un cheveu d'or... et les débris d'un rêve...
(il se penche, et cherche parmi les feuillets épars la fin du conte de Fées, mais in vain. Il cherche)
Rien... Tous ceux-ci sont des livres arides, D'amères et sèches leçons.
(Il les pousse du pied. Mais de petites voix aigres sortent d'entre les pages, qui se soulèvent et laissent voir les malicieuses et grimaçantes petites figures des chiffres. D'un grand album plié en forme de toit, sort un petit vieillard bossu, crochu, barbu, vêtu de chiffres,
(señalando las páginas arrancadas)
Mira sus ramas, mira sus frutos, ¡ay de mí!...
EL NIÑO
(ansioso)
¿Y tu collar?... ¿Tu collar mágico?
LA PRINCESA
(señalando de nuevo)
Mira sus cuentas rotas, ¡ay de mí!...
EL NIÑO
¿Y tu caballero?
¿El príncipe con el yelmo color del alba? ¡Él debe venir! ¡Tiene una espada!
¡Si yo tuviera una espada! ¡Ah!
¡Una espada en mis manos!
¡Yo sabría defenderte!
LA PRINCESA
(retorciendo sus manos)
¡Ay de mí! pequeño amigo mío.
¿Qué puedes hacer por mí?
¿Sabes cuánto dura un sueño?
Mi sueño es tan largo, tan largo,
que quizás, al final del sueño,
¡seas tú, el príncipe con el yelmo del alba!...
(El suelo se mueve y se abre a los pies de ella. Ella grita)
¡Auxilio! ¡Auxilio!...
¡El sueño y la noche quieren llevarme! ¡Auxilio!
EL NIÑO
(intenta sostenerla en vano por sus cabellos dorados, por sus velos, por sus manos blancas.) ¡Mi espada! ¡Mi espada! ¡Mi espada!
(Pero una fuerza invisible aspira a la princesa que desaparece bajo la tierra.)
EL NIÑO
(solo y desolado)
Tú, el corazón de la rosa.
Tú, el perfume del lirio blanco.
Tú, tus manos y tu corona,
tus ojos azules y tus joyas...
Sólo me has dejado, cual rayo de luna,
un cabello de oro sobre mi hombro.
Un cabello de oro... y el recuerdo de un sueño...
(se inclina y busca entre las hojas desgarradas el fin del cuento de hadas, pero es en vano)
Nada... Todos estos son libros áridos, de frías y secas lecciones.
(Los patea. Voces chillonas salen de entre las páginas que dejan ver a las gesticulantes figuritas de los números. De un álbum abierto como un techo, salta un viejecillo jorobado, de nariz ganchuda, barbado, vestido con números,
coiffé d'un " p", ceinturé d'un mètre de couturière et arme d'une équerre. Il tient un livre de bois que claque en mesure, et il marche à tous petits pas dansés, en récitant des bribes de problèmes.)
LE PETIT VIEILLARD
Deux robinets coulent dans un réservoir!
Deux trains omnibus quittent une gare
A vingt minutes d'intervalle
Valle, valle, valle! Une paysanne,
Zanne, zanne, zanne,
Porte tous ses œufs au marché!
Un marchand d'étoffe, Toffe, toffe, toffe,
A vendu six mètres de drap!
(Il aperçoit l'enfant et se dirige vers lui de plus malveillante manière.)
L'ENFANT
(affolé)
Mon Dieu! C'est l'Arithmétique!
LE PETIT VIEILLARD, LES CHIFFRES Tique, tique, tique!
(Il danse autour de l'enfant en multipliant les passes maléfiques.)
Onze et six vingt-cinq, Quatre et quat'dix-huit, Sept fois neuf trente-trois
L'ENFANT
(surpris)
Sept fois neuf trente-trois?
LES CHIFFRES
(soulevant les feuillets et piaillant) Sept fois neuf trente-trois, etc.
L'ENFANT
(exagérant résolument) Trois fois neuf quat'cent!
LE PETIT VIEILLARD
(Il se balance pour prendre le mouvement de la ronde) Millimètre,
Centimètre, Décimètre, Décamètre, Hectomètre, Kilomètre,
Myriamètre, Faut t'y mettre! Quelle fêtre! Des millions, Des billions, Des trillions, et des frac-cillions!
LES CHIFFRES, LE PETIT VIEILLARD
sombrero en forma de "p", ceñido con una cinta métrica y armado con una regla. Sostiene un libro de madera que golpea cadenciosamente. Baila mientras recita fragmentos de problemas.)
EL VIEJECILLO
¡Dos grifos de agua fluyen a un tanque!
¡Dos ómnibus dejan una estación
a veinte minutos de intervalo,
valo, valo, valo! ¡Una campesina, sina, sina, sina, lleva todos sus huevos al mercado!
¡Un mercader de telas,
telas, telas, telas,
vende seis metros de trapo!
(ve al niño y se le acerca de una manera malévola.)
EL NIÑO (aterrado) ¡Dios mío! ¡Es la Aritmética!
EL VIEJECILLO, LOS NÚMEROS ¡Tica, tica, tica!
(Danzan alrededor del niño multiplicando sus maléficos pases.)
Once mas seis: ¡veinticinco! Cuatro mas cuatro: ¡dieciocho! Siete por nueve: ¡treinta y tres!
EL NIÑO
(sorprendido)
¿Siete por nueve, treinta y tres?
LOS NÚMEROS
(levantando las hojas y chillando) Siete por nueve: ¡treinta y tres! etc.
EL NIÑO
(con audacia)
Tres por nueve: ¡cuatrocientos!
EL VIEJECILLO
(balanceándose para mantener el ritmo) Milímetro,
centímetro, decímetro, decámetro, hectómetro, kilómetro, miriámetro. ¡Sin fallar! ¡Qué felicidad!
¡Millones, billones,
trillones,
y fracciones!
LOS NÚMEROS, EL VIEJECILLO
Deux robinets coulent dans un réservoir! etc.
LES CHIFFRES
(entraînant l'enfant dans leur danse) Trois fois neuf trent'trois!
Deux fois six vingt-sept!
Quatre et quat'? Quatre et quat'? Quatre et sept cinquante-neuf?
Deux fois six trente et un!
Cinq fois cinq quarante-trois!
Sept et quat' cinquante-cinq! etc.
(Ronde folle. L'enfant tombe, étourdi, tout de son long. Le Petit Vieillard et le chœur s'éloignent.)
Quatre et quat'dix-huit! Onze et six vingt-cinq!
(L'Enfant se relève péniblement sur son séant. La lune est levée, elle éclaire la pièce. Le Chat noir sort lentement de dessous le fauteuil. Il s'étire, baîlle et fait sa toilette. L'Enfant ne le voit pas d'abord et s'étend, harassé, la tête sur un coussin de pieds. Le
Chat joue, et roule une baille de laine. Il arrive auprès de l'enfant et veut jouer avec la tête blonde comme avec une pelote.)
L'ENFANT
Oh! Ma tête! Ma tête!
(Il se relève à demi et voit le Chat)
C'est toi, Chat? Que tu es grand et terrible! Tu parles aussi, sans doute?
(Le Chat fait signe que non, jure et se détourne de l'enfant. Il joue avec sa pelota. La Chatte blanche paraît dan le jardin. Le Chat interrompt son jeu.)
DEUXIÈME PARTIE
¡Dos grifos de agua fluyen a un tanque! Etc.
LOS NÚMEROS
(hacen bailar al niño con ellos)
Tres por nueve: ¡treinta y tres!
Dos por seis: ¡veintisiete!
¿Cuatro mas cuatro?... ¿Cuatro mas cuatro?... Cuatro por siete: ¿cincuenta y nueve?
Dos por seis: ¡treinta y uno!
Cinco por cinco: ¡cuarenta y tres!
Siete mas cuatro: ¡cincuenta y cinco!
(Giran desenfrenadamente. El niño, aturdido, cae al suelo. El Viejecillo y el coro se retiran.)
Cuatro mas cuatro: ¡dieciocho! Once mas seis: ¡veinticinco!
(El niño se sienta con dificultad. La luna ilumina la habitación. El gato negro se desliza bajo el sillón. Se estira, bosteza y se relame. El niño no lo ve pues, cansado, tiene la cabeza apoyada en un taburete. El gato juega, haciendo rodar una bola de estambre. Se acerca al niño e intenta jugar con su cabeza rubia como si fuera una pelota.)
EL NIÑO
¡Oh! ¡Mi cabeza! ¡Mi cabeza!
(Se levanta y mira al gato)
¿Eres tú, gato? ¡Qué grande y terrible eres! ¿Sin duda que tú también hablarás?
(El gato dice que no con la cabeza, maúlla y se aleja del niño. La gata blanca aparece en el jardín. El gato deja de jugar.)
SEGUNDA PARTE
Le Jardin
(Le Chat va rejoindre la Chatte. l'enfant le suit peureusement, attiré par le jardin. A ce moment, les parois s'écartent, le plafond s'envole et l'enfant
se trouve, avec le Chat et la Chatte, transporté dans le jardin éclaire par la pleine lune et la lueur rose du
couchant. Des arbres, des fleurs, une toute petite mare verte, un gros tronc vêtu de lierre. Musique d'insectes, de rainettes, de crapauds, de rires de chouettes, de murmures de brise, et de rossignols.)
L'ENFANT
(ouvrant les bras)
Ah! Quelle joie de te retrouver, Jardin!
(Il s'appuie au gros tronc d'arbre que gémit.)
El Jardín
(El gato persigue a la gata. El niño los sigue tímidamente, hasta el jardín. En ese momento
las paredes se apartan, el techo se eleva y el niño se encuentra, junto con el gato y la gata, en el jardín iluminado por la luna y los arreboles
del ocaso. Árboles, flores, un pequeño estanque verde, un grueso tronco vestido de hiedra. Música de insectos, de ranas, de sapos, de búhos y ruiseñores.)
EL NIÑO
(abriendo los brazos)
¡Ah! ¡Qué alegría encontrarte de nuevo, jardín!
(Se apoya en el tronco de un árbol, que gime)
L'ENFANT EL NIÑO
Quoi?
L'ARBRE
(gémissant)
Ma blessure... Ma blessure...
L'ENFANT Quelle blessure?
L'ARBRE
Celle que tu fis aujourd'hui à mon flanc, avec le couteau dérobé... Hélas!
Elle saigne encore de sève...
LES AUTRES ARBRES
(gémissant et se balançant)
Nos blessures... nos blessures... Elles sont fraîches, et saignent encore de sève ... ô méchant!
(L'Enfant apitoyé, appuie sa joue contre l'écorce du gros Arbre. Une Libellule passe, grésillante, et disparaît. Elle repasse, repasse encore. D'autres la suivent. Un Sphinx du laurier-rose l'imite. D'autres Sphinx, d'autres Libellules.)
LA LIBELLULE
Où es-tu?
Je te cherche... Le filet...
Il t'a prise... O toi, chère, Longue et frêle,
Tes turquoises, Tes topazes, L'air qui t'aime Les regrette Moins que moi...
LE ROSSIGNOL Ah!...
LA LIBELLULE
Seule, seule, Je languis... Je te cherche...
(A l'enfant, en tournoyant au-dessus de sa tête)
Rends-la moi! Où est-elle? Ma compagne, Rends-la moi!
L'ENFANT
Je ne peux pas! Je ne peux pas!
LA LIBELLULE (pressante)
Où est-elle?
L'ENFANT
(se détournant) Je ne puis...
¿Qué?...
EL ÁRBOL
(gimiendo)
Mi herida... Mi herida...
EL NIÑO ¿Qué herida?
EL ÁRBOL
Aquella que tú ocasionaste en mi costado con el cuchillo... ¡Ay de mí!
Sangra nuevamente savia...
LOS OTROS ÁRBOLES
(gimiendo y balanceándose)
Nuestras heridas... Están recientes
y sangran savia nuevamente... ¡Oh, malvado!
(El niño apiadado, apoya su mejilla contra la corteza del grueso árbol. Una libélula pasa y desaparece. Vuelve a pasar. Otras la siguen. Una mariposa nocturna la imita. Otras mariposas nocturnas, otras Libélulas.)
LA LIBÉLULA ¿Dónde estás? Estoy buscándote... La red...
Te atrapó...
¡ Oh tú, querida, tan larga y frágil, tus turquesas,
tus topacios,
el aire que amabas, los extraño menos de lo que te extraño a ti!
EL RUISEÑOR ¡Ah!...
LA LIBÉLULA Sola, sola...
languidezco...
te busco...
(Al niño, volando alrededor de su cabeza)
¡Devuélvemela! ¿Dónde está? ¡Mi compañera! ¡Devuélvemela!
EL NIÑO
¡No puedo! ¡No puedo!...
LA LIBÉLULA (insistiendo)
¿Dónde está ella?
EL NIÑO
(volviéndose de espaldas) No puedo...
(à part)
La libellule que j'ai prise... Percée d'une épingle... Contre le mur
(horrifié) Ah!...
LA CHAUVE-SOURIS
(en l'air)
Rends-la moi... Tsk, tsk, Rends-la moi... Tsk... Ma compagne...
La Chauve-souris... tu sais?
L'ENFANT
(baissant la tête) Je sais!
LA CHAUVE-SOURIS
(volant)
Le bâton... Tsk, tsk... la poursuite.. hier soir... Tsk... Ta victoire...
Et la petite bête, là, morte à tes pieds...
L'ENFANT Grâce!
LA CHAUVE-SOURIS
Le nid plein... Les petits... sans leur mère. El faut... Tsk, tsk, qu'on les nourrisse...
L'ENFANT Sans mère!
LA CHAUVE-SOURIS
Alors, nous... Tsk, tsk...
Nous volons. Nous chassons... Nous tournons... nous chassons Nous happons... Tsk... Tsk... C'est ta faute...
(Ronde de Chauves-souris. Au-dessous, une petite Rainette émerge de la mare, s'appuie des deux mains au bord. Une autre fait de même, puis une autre, et la mare se trouve couronnée de Rainettes, bien serrées l'une contre l'autre. Elles sortent, et se mettent à jouer à la manière des rainettes. L'une d'elles, ayant dansé, s'appuie de la main au genou de l'enfant.)
L'ÉCUREUIL
(sèchement)
Sauve-toi, sotte! Et la cage? La cage?
LA RAINETTE Kékékékékécekça?
L'ÉCUREUIL
(A la fourche de deux basses branches, et toussant à la manière des écureuils.)
La prison... Heu, heu. La prison.
(aparte)
La libélula que atrapé... La pinché con un alfiler... Contra la pared...
(aterrado) ¡Ah!...
EL MURCIÉLAGO (en el aire)
Devuélvemela... Tsk, tsk, devuélvemela...
Tsk... mi compañera...
La murciélago... ¿Qué sabes de ella?
EL NIÑO
(bajando la cabeza) ¡Lo sé!
EL MURCIÉLAGO
(volando)
El bastón... Tsk, tsk... la persecución... la noche anterior... Tsk... Tu victoria... Y el animalito, ahí, muerto a tus pies...
EL NIÑO ¡Piedad!
EL MURCIÉLAGO
El nido lleno... los pequeñitos... sin su madre. Ellos necesitan... Tsk, tsk, ser alimentados...
EL NIÑO ¡Sin su mamá!
EL MURCIÉLAGO Ahora, nosotros... Tsk, tsk...
Volamos. Cazamos... Regresamos... cazamos... Comemos ... Tsk ... Tsk... Esa es tu culpa...
(Ronda de los Murciélagos. Debajo de ellos, una pequeña rana sale del estanque, se apoya con sus dos manecitas en la orilla. Otra hace lo mismo, luego otra y el estanque se llena de ranitas que salen y entran jugando al agua.
Una de ellas, después de haber bailado, apoya sus manos sobre la rodilla del niño.)
LA ARDILLA
(cortante a la rana)
¡Sálvate, tonta!... ¿Y la jaula? ¿La jaula?
LA RANITA ¿Kekekekeke de verdad?
LA ARDILLA
(ahogándose con sus dos manitas y tosiendo como lo hacen las ardillas) La cárcel... Cof, cof. La cárcel.
Le fer qui pique, entre deux barreaux. La pluma que pica, entre dos barrotes.
Heu, heu. J'ai pu fuir, mais tes quatre Cof, cof. Yo puedo escapar, pero tus cuatro
petites mains mouillées ne valent pas les miennes. patitas húmedas no son tan buenas como las mías.
LA RAINETTE
Que-que-que-que-dis-tu?
Je ne connais pas la cacacacage.
Je connais la mouche qu'on me jette.
(Elle saute.)
Ploc! Et le chiffon rouge.
(Elle saute.)
Ploc! L'appât vient, je bondis, on me prend, je m'échappe, je reviens. Ploc!
L'ÉCUREUIL
Sans-cervelle! Tu auras mon sort!
L'ENFANT
La cage, c'était pour mieux voir ta prestesse, Tes quatre petites mains, tes beaux yeux...
L'ÉCUREUIL
(sarcastique)
Oui, c'était pour mes beaux yeux!
Sais-tu ce qu'ils reflétaient, mes beaux yeux? Le ciel libre, le vent libre, mes libres frères, au bond sûr comme un vol!...
Regarde donc ce qu'ils reflétaient,
mes beaux yeux tout miroitants de larmes!
(Pendant qu'il parle, le jardin se peuple d'écureuils bondissants. Leurs jeux, leurs caresses, suspendus en l'air, n'inquiètent pas ceux de Rainettes, au-dessous. Un couple de Libellules, enlacé, se disjoint, s'accole. Un groupe de Sphinx du laurier-rose les imite. D'autres groupes se nouent, se défont. Le jardin, palpitant d'aile, rutilant d'écureuils, est un paradis de tendresse et de joie animales.)
L'ENFANT
Ils s'aiment... ils sont heureux... Ils m'oublient...
(Le Chat noir et la Chatte blanche paraissent au faîte du mur. Le Chat lèche amicalement les oreilles de la Chatte, joue avec celle. Ils s'éloignent, l'un suivant l'autre, sur le faîte étroit du mur.)
L'ENFANT
Il s'aiment... ils m'oublient...
Je suis seul...
(Malgré lui il appelle:) Maman!
(A ce cri, toutes les Bêtes se dressent, se séparent, les unes fuient, les autres accourent menaçantes, mêlent leurs voix à celles des arbres, s'écrient:)
LA RANITA
¿Qué-qué-qué-qué es lo que dices? No conozco la jajajajaula.
Conozco la mosca sobre mi cabeza.
(Salta.)
¡Ploc! Y la red roja.
(Salta.)
¡Ploc! El cebo viene, salto, me dejo atrapar, me escapo, regreso. ¡Ploc!
LA ARDILLA
¡Descerebrada! ¡Acabarás como yo!
EL NIÑO
La jaula, era para apreciar mejor tu agilidad, tus cuatro patitas, tus hermosos ojos...
LA ARDILLA
(sarcástica)
¡Sí, para apreciar mis hermosos ojos! ¿Sabes qué reflejan mis hermosos ojos?
¡El cielo libre, el viento libre, mis hermanas libres, saltando como si volaran!...
¡Mira lo que reflejan mis hermosos ojos, relucientes de lágrimas!
(Mientras habla, el jardín se puebla de ardillas saltarinas. Juegan, se acarician y hacen cabriolas en el aire. Una pareja de libélulas, abrazadas, se separan y se juntan. Un grupo
de mariposas nocturnas las imita. Otros grupos se juntan y se separan. Eljardín, palpitante de aleteos, brillante de ardillas, es un paraio de ternura y de alegría silvestre.)
EL NIÑO
Se aman... son felices... Me han olvidado...
(El gato negro y la gata blanca aparecen en lo alto de la pared. El gato lame dulcemente las orejas de la gata y juega con ella. Se mueven, uno sigue al otro a través del angosto muro.)
EL NIÑO
Se aman... son felices... Me han olvidado...
(Enojado consigo mismo grita) ¡Mamá!
(Al grito, los animales se levantan, se separan, unos vuelan, otros corren mezclando sus voces con la de los árboles y gritan)
LES BÊTES, LES ARBRES
Ah! C'est l'enfant au couteau!
C'est l'enfant au bâton! Le méchant à la cage! Le méchant au filet!
Celui qui n'aime personne, Et que personne n'aime! Faut-il fuir?
Non! Il faut châtier. J'ai mes griffes!
J'ai mes dents!
J'ai mes ailes onglées! Unissons-nous, unissons-nous!
(Toutes les bêtes fondent à la fois sur l'enfant le cernent, le poussent, le tirent. C'est une frénésie qui devient lutte, car chaque bête veut être seule à châtier l'enfant, et les bêtes commencement à s'entre-déchirer. L'Enfant, pris, délivré, repris, passe de pattes en pattes. Au plus fort de la lutte, il est projeté dans un coin de
la scène, et les bêtes l'oublient, dans leur ivresse de combattre. Presque en même temps, un petit écureuil, blessé, vient choir auprès de l'enfant avec un cri aigu. Les Bêtes honteuses, s'immobilisent, se séparent, entourent de loin l'Ecureuil qu'elles ont meurtri. Arrachant un ruban de son cou, l'enfant lie la patte blessé de l'Ecureuil, puis retombe sans force. Profond silence, stupeur parmi les Bêtes.)
UNE BÊTE
(parmi le profond silence) Il a pansé la plaie...
UNE AUTRE BÊTE
Il a pansé la plaie... Il a lié la patte... Etanché le sang.
LES AUTRES ANIMAUX
Il souffre... Il est blessé... Il saigne...
Il a pansé la plaie... Il faut lier la main... Etancher le sang... Que faire?
Il sait, lui, guérir le mal... Que faire? Nous l'avons blessé... Que faire?
UNE BÊTE
Il appelait, tout à l'heure...
LES ANIMAUX Il appelait...
UNE BÊTE
Il crié un mot, un seul mot: Maman!
LES ANIMAUX Maman...
(Elles se sont rapprochées, elles entourent l'enfant, gisant. Les Ecureuils se suspendent aux branches au- dessus de lui, les Libellules l'éventent de leurs ailes.)
UNE BÊTE
Il se tait... va-t-il mourir?
LOS ANIMALES, LOS ÁRBOLES
¡Ah! ¡Es el niño del cuchillo! ¡Es el niño del bastón!
¡El malvado con la jaula! ¡El malvado de la red! ¡El que no ama a nadie
y al que nadie quiere! ¿Se escapará?
¡No! Debe ser castigado. ¡Yo, mis garras!
¡Yo, mis dientes!
¡Yo, mis alas con garras! ¡Unámonos, unámonos!
(Los animales caen sobre el niño. Un frenesí que se convierte en lucha, cada animal quiere castigar al niño. Los animales comienzan a pelearse entre ellos. El niño, ora atrapado ora libre, ora vuelto a atrapar, pasa de pata en pata. En el clímax de la pelea, el niño se tira contra una esquina del escenario, olvidado por los
animales, que siguen peleando. Al mismo tiempo, una pequeña ardilla, herida, cae junto al niño con un llanto agudo. Los animales avergonzados, se detienen, se separan, rodean a la Ardilla que hirieron. Con su pañuelo de cuello, el niño venda la pata herida de la ardilla, luego cae sin fuerzas. Silencio, los Animales están sorprendidos.)
UN ANIMAL
(rompiendo el profundo silencio) Le curó la herida...
OTRO ANIMAL
Él le curó la herida... le vendó la pata... Detuvo la sangre.
LOS OTROS ANIMALES
Él sufre... Está herido... Sangra...
Él le curó la herida... Hay que vendarle la mano. Detener la sangre... ¿Qué vamos a hacer?
Él sabe como curar una herida... ¿Qué haremos? Nosotros lo lastimamos... ¿Qué vamos a hacer?
UN ANIMAL
Él llamó, hace un momento...
LOS ANIMALES Él llamó...
UN ANIMAL
Él gritó una palabra, una sola palabra: ¡Mamá!
LOS ANIMALES Mamá...
(Todos se acercan al niño tirado en el suelo. Las ardillas se cuelgan con sus patas por encima de él, las libélulas le abanican con sus alas.)
UN ANIMAL
Está muy callado... ¿Va a morirse?
LES ANIMAUX
Nous ne savons pas lier la main...
Etancher le sang...
UNE BÊTE
(désignant la maison)
C'est là qu'est le secours!
Ramenons-le au nid!
Il faut que l'on entende, là-bas, le mot qu'il crié tout à l'heure... Essayons de crier le mot...
(Les Bêtes, toutes ensemble, soulèvent l'enfant inerte et pâle, et l'emportent, pas à pas, vers la maison.)
LES ANIMAUX (hésitant)
Ma... man...
(plus haut) Ma... man!
(L'Enfant ouvre les yeux, essaie de se tenir debout. De la patte, de l'aile, de la tête, des reins, les Bêtes le soutiennent encore.)
LES ANIMAUX Maman!
(Une lumière paraît aux vitres, dans la maison. En même temps, la lune, dévoilée, l'aube, rose et d'or, inondent le jardin d'une clarté pure. Les bêtes une à une, retirent à l'enfant leur aide qui devient inutile, défont harmonieusement, a regret, leur groupe serré contre l'enfant, mais elles l'escortent d'un peu plus loin, le fêtant de battements d'ailes, de culbuttes de joie, puis limitant à l'ombre des arbres leur bienveillant cortège, laissent l'enfant seul, droit, lumineux et blond dans un halo de lune et d'aube, et tendant ses bras vers celle que les bêtes ont appelée: "Maman".)
LES ANIMAUX
El est bon, l'enfant, il est sage, bien sage... Il a pansé la plaie, étanché le sang...
Il est sage... il est si doux...
L'ENFANT Maman!
LOS ANIMALES
Nosotros no sabemos vendarle la mano...
Detener la sangre...
UN ANIMAL
(señalando la casa)
¡Ahí podemos encontrar ayuda! ¡Llevémoslo al nido!
Es necesario que oigan allí
la palabra que gritó hace un momento... Probemos a gritar esa palabra...
(Los animales levantan al inerte y pálido niño y lo cargan, paso a paso, hacia la casa.)
LOS ANIMALES (vacilantes)
Ma... má...
(más fuerte) ¡Ma... má!
(El Niño abre los ojos, intentando levantarse. Con sus patas, sus alas, sus cabezas, sus lomos, los animales lo sostienen.)
LOS ANIMALES ¡Mamá!
(Una luz se enciende tras la ventana de la casa. Al mismo tiempo, la luna, rosa y dorada, inunda el jardín de claridad. Los animales, uno por uno, dejan de sostener al niño pues ya no es necesario, retirándose cadenciosamente. El grupo que rodeaba al niño se aleja de él, batiendo las alas y con saltos de alegría. Cuando las sombras de los árboles cubren al cortejo, queda el niño solo, erguido, iluminado por un halo de luna. Tiende sus brazos hacia aquella a quien los animales llamaron "Mamá")
LOS ANIMALES
Es bueno, el niño, es prudente, muy prudente... Él sanó la herida y detuvo la sangre...
Él es bueno... es tan dulce...
EL NIÑO ¡Mamá!
Escaneado y Traducido por:
Abner Isaac Martínez Alvarado 2004
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